Manifestation contre les administrateurs de fonds de pension, à Santiago, au Chili, en décembre 2020.

C’était au cœur de l’hiver austral, en juillet 2020. Des files d’attente interminables s’étiraient dès l’aube devant les établissements financiers : des Chiliens se pressaient pour réclamer une partie de leur épargne-retraite, après une décision historique du Parlement donnant le feu vert au retrait de 10 % de la totalité des fonds de pension, à capitalisation individuelle et privée. En pleine urgence sociale et sanitaire, dès l’approbation à la Chambre des députés, des concerts de casseroles aux fenêtres avaient célébré la mesure, à Santiago notamment.

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« Sans les retraits, ça aurait été compliqué de m’en sortir l’année dernière », admet José Antonio, 36 ans, travailleur social santiagois qui cumule les contrats précaires que la pandémie de Covid-19 et les confinements à répétition pendant une grande partie de l’année 2020 ont laissé sans emploi. Un deuxième retrait de 10 % a ensuite été autorisé, en décembre 2020. Puis un troisième, en avril 2021. Des mesures votées jusque par les parlementaires de la majorité présidentielle, tandis que le président, Sebastian Piñera (droite), y était initialement opposé.

Une quatrième autorisation, de 10 % de nouveau, est actuellement débattue au Parlement et ces ponctions répétées remettent en question la pérennité de ce système de retraites mis en place pendant la dictature de Pinochet, sous l’influence des Chicago Boys (un groupe d’économistes chiliens des années 1970, influencés par Milton Friedman), qui testaient leurs théories néolibérales.

Maigre pécule

Les conséquences immédiates sur l’économie de ces mesures restent contrastées. Fermement opposé au quatrième retrait, Sebastian Piñera a annoncé, mardi 7 septembre, un projet de loi visant à revaloriser les plus faibles pensions. Au total, environ 11 millions de personnes − quasiment la totalité des affiliés au système − ont retiré l’équivalent de près de 49 milliards de dollars (environ 41,5 milliards d’euros), dans ce pays de 19 millions d’habitants, selon un relevé datant de la fin du mois d’août de la Superintendance des retraites (organisme public).

« Ce système est un échec absolu, qui force les gens à épargner sans offrir de sécurité sociale. Et les employeurs ne versent pas un seul peso ! » Alvaro Gallegos, économiste

Dans le même temps, un schéma de montants minimaux retirables a totalement vidé l’épargne de près de 4 millions de personnes, celles disposant d’un maigre pécule sur leur compte, pour qui le pourcentage théorique de 10 % a été, de fait, largement dépassé. Selon le ministre du travail, Patricio Melero, un quatrième retrait assécherait la moitié des comptes épargne gérés par des entreprises privées, les « administratrices de fonds de pension » (AFP), dont le fonctionnement repose sur la cotisation obligatoire, de la part des travailleurs uniquement, à hauteur de 10 % de leur salaire. Ces fonds sont ensuite censés faire fructifier cette épargne sur les marchés financiers.

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Source [ Le monde ]