Dans les années 1330, après une violente crise qui l’a plongé dans le coma et laissé hémiplégique, Opicinus de Canistris s’attelle à la réalisation d’une trentaine de cartes de l’Europe centrées sur la Méditerranée. Sur ces cartes en brun, noir et blanc, les côtes de l’Espagne semblent soudain dessiner une chevelure féminine, la Bretagne une épaule, et bien sûr l’Italie une jambe bottée. L’Europe se transforme alors en une figure féminine, à la fois Vierge et Église, faisant face à un continent africain prenant le visage d’un Maure. 

Les productions anthropomorphiques d’Opicinus ne sont pas un cas isolé : les cartes imaginaires se multiplient à la Renaissance, accompagnant le développement de la cartographie scientifique. Comment ces cartes agissent-elles et quelle est leur fonction ? Pourquoi le format cartographique connaît-il un tel succès à l’époque moderne ? Et comment expliquer cette insistance des hommes à faire du territoire un corps, humain ou animal ? Nous en parlons avec notre invité Laurent Baridon.

Avec Laurent Baridon, professeur d’histoire de l’art à l’Université Lumière Lyon 2 et chercheur au sein de l’équipe « Art, imaginaire, société » du laboratoire CNRS LARHRA. Après avoir consacré ses premières recherches à l’imaginaire scientifique de Viollet-le-Duc, il s’est notamment intéressé aux représentations du corps et du visage, aux confins de la science, de la croyance et de l’art. Ses recherches actuelles portent sur la représentation des concepts et sur leurs modes d’incarnation visuelle.

Il a notamment publié Un atlas imaginaire, cartes allégoriques et satiriques (Citadelles & Mazenod, 2011) et L’Imaginaire scientifique de Viollet-le-Duc (Université des Sciences humaines de Strasbourg / L’Harmattan, 1996). Il a également co-dirigé le catalogue de l’exposition Jean-Jacques Lequeu, Bâtisseur de fantasmes au Petit Palais, tenue du 11 décembre 2018 au 31 mars 2019 (BnF Éditions, 2018).





Source [ France culture ]