Le procès de la fondatrice de la start-up qui s’est révélée être basée sur une vaste supercherie s’est ouvert ce mercredi pour fraude et d’association de malfaiteurs.

C’est une affaire hors norme qui est jugée depuis ce mercredi à San José en Californie : le procès très médiatique d’Elizabeth Holmes, fondatrice de la start-up de diagnostic Theranos. Visée par douze chefs d’accusation, de fraude et d’association de malfaiteurs, l’ancienne star de la Silicon Valley risque jusqu’à 20 ans de prison.

Tout commence en 2003, année de la création de Theranos. À seulement 19 ans, Elizabeth Holmes quitte l’université de Stanford avant d’en être diplômée pour lancer sa start-up avec comme promesse celle de révolutionner le monde de l’analyse médicale. Theranos ambitionne de pouvoir produire à grande échelle des tests sanguins plus rapides et moins chers que ceux des laboratoires traditionnels grâce à des méthodes innovantes. Avec seulement une toute petite quantité de sang, l’entreprise assure qu’elle pourra réaliser jusqu’à 200 analyses.

Comparée à Steve Jobs

Cette nouvelle technologie propulse la jeune femme au sommet. Comparée à Steve Jobs, la self-made-woman attise la curiosité des plus grands qui n’hésitent pas à parier sur son talent. Timothy Draper et Don Lucas, stars du capital-risque de la Silicon Valley, le magnat des médias Rupert Murdoch et son ami milliardaire mexicain Carlos Slim mais aussi la famille Walton actionnaire historique du géant de la distribution Walmart ou encore la famille Oppenheimer qui a longtemps contrôlé De Beers investissent dans Theranos les yeux fermés.

Dix ans après son lancement, Theranos est valorisée à 9 milliards de dollars. Selon le magazine Forbes, en 2015, la fortune personnelle d’Elizabeth Holmes est, quant à elle, évaluée à 3,6 milliards de dollars, lui valant le titre de «plus jeune milliardaire non-héritière». Cette même année, elle est intègre le prestigieux classement des cent personnalités les plus influentes de la planète du Times. En quelques années, le nom d’Elizabeth Holmes est connu de tous et rime avec succès. La chute n’en sera que plus brutale.

La supercherie dévoilée

En 2015, les belles promesses de Therenos s’effondrent comme un château de cartes après qu’une enquête du Wall Street Journal a dévoilé le caractère douteux de la technologie promise par l’entreprise poussant les autorités à s’y intéresser de plus près. Car dernière la success-story se cache une vaste supercherie : les machines de diagnostic n’ont en réalité jamais marché.

En 2016, Elizabeth Holmes est interdite de gestion de tout laboratoire d’analyses sanguines aux États-Unis pour au moins deux ans. Deux ans plus tard, c’est au tour de la SEC (Securities & Exchange Commission), l’organisme qui réglemente les transactions boursières aux États-Unis, d’accuser la start-up de la Sillicon Valley. Le 14 mars 2018, elle publie un réquisitoire accablant sur cette «fraude élaborée qui a permis de lever 700 millions de dollars». Afin de solder le volet financier du dossier, l’entrepreneuse s’engage à payer une amende de 500.000 dollars et à céder le contrôle financier de l’entreprise.

Mais impossible d’échapper aux poursuites pénales et en juin de la même année, Elizabeth Holmes et son bras droit, Ramesh Balwani, sont finalement inculpés par un grand jury californien. Selon la justice américaine, l’ex dirigeante de Theranos et son président savaient que leur technique d’analyse «avait des problèmes de fiabilité, ne permettait de faire qu’un nombre limité de tests et était plus lente que d’autres systèmes» sur le marché. Au-delà des tests sanguins payés par des centaines de patients ou leurs assurances, l’acte d’accusation des autorités fédérales dénonce le fait que «des résultats de tests qui étaient inexacts» ont été délivrés aux médecins et patients.

Un procès d’au moins 13 semaines

Le procès, qui devrait durer au moins 13 semaines, s’est donc ouvert ce mercredi devant un jury composé de sept hommes et cinq femmes. Il avait été retardé à plusieurs reprises, notamment parce que l’accusée a accouché début juillet. Selon les procureurs Elizabeth Holmes s’est entendue avec Ramesh Balwani, qui au-delà d’être le président de Theranos fut également son amant pendant un temps. Un élément sur lequel compte bien s’appuyer la défense de la jeune femme, que l’homme, de 19 ans son aîné, la contrôlait et abusait d’elle psychologiquement. L’homme doit être jugé séparément.

Kevin Downey, l’avocat d’Elizabeth Holmes, a d’ailleurs demandé aux jurés potentiels la semaine dernière s’ils avaient déjà subi des «abus dans le cadre de leurs relations intimes». Le procureur Jeffrey Schenk a lui cherché à savoir s’il y avait des individus proches des milieux médicaux dans la salle. Ces jurés pourraient en effet ne pas être impartiaux si le parquet fait appel à des psychologues pour contrer l’idée selon laquelle Elizabeth Holmes n’était pas responsable de ses actions.

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En matière de preuves, ils devront se fonder essentiellement sur des témoignages. La base de données du laboratoire de Theranos a bien été remise sur un disque dur au gouvernement en août 2018, mais l’entreprise a ensuite été démantelée, ainsi que ses serveurs, rendant impossible la lecture de la copie.

Des témoins connus

Sur la liste de potentiels témoins, on trouve des noms connus, comme l’ancien secrétaire d’État Henry Kissinger, l’ancien ministre de la Défense James Mattis, qui ont fait partie du conseil d’administration de Theranos, ou encore le magnat des médias Rupert Murdoch. Des patients victimes d’analyses défectueuses pourraient également être appelés à la barre, pour raconter comment ils ont vécu de mauvais diagnostics de cancer, de sida ou encore de grossesses. Elizabeth Holmes elle-même pourrait décider de s’exprimer.



Source [Le figaro ]