INTERVIEW

Peut-on ne manger que du gras et maigrir malgré tout ? C’est l’ambition du régime cétogène, qui favorise les lipides. Mais attention, ce n’est pas une habitude alimentaire à prendre du jour au lendemain. Catherine Lacrosnière, médecin nutritionniste à Paris et invitée d’Europe 1, jeudi midi, est là pour guider les personnes tentées par ce régime et mettre en garde contre les dangers que cette diète présente dans certains cas*. Voici son éclairage et ses recommandations pour parvenir à l’adopter sans risques et atteindre la cétose, le moment où le corps commence à puiser dans ses graisses.

De quand date le régime cétogène ?

« C’est très ancien, ça a plus de 100 ans. Il était utilisé au niveau hospitalier pour les enfants et même pour les épileptiques en règle générale, mais surtout les enfants qui n’avaient pas deux récepteurs au glucose au niveau du cerveau. Ils convulsaient donc. On s’est dit qu’en changeant de carburant, en leur donnant ces corps cétoniques issus des graisses, les convulsions allaient se calmer. C’est ce qui a marché. Et puis sont arrivés dans les années 1950 les médicaments contre l’épilepsie. Le régime cétogène est tombé en désuétude. Ces dernières années, cette alimentation a repris vigueur. On en parle pour perdre du poids, mais aussi pour limiter ou accompagner certaines maladies neurologiques. »

Que peut-on manger ?

« Pour atteindre la cétose, on peut prendre de la viande, du poisson… Et puis, pour une fois, on peut prendre des viandes un peu plus grasses. Ce qu’il faut, c’est essayer d’améliorer le rapport des oméga 6 sur les oméga 3. Ce sont deux familles d’acides gras essentiels qu’on est obligé de trouver dans l’alimentation, mais il se trouve que l’alimentation des Français est trop déséquilibrée vers les oméga 6. Cela va favoriser les maladies cardiovasculaires donc qu’il faut qu’on rééquilibre vers les oméga 3. On va les trouver dans les oléagineux, dans les graines, par exemple, dans des huiles végétales. On peut avoir un peu de beurre, mais on va favoriser les huiles. On peut avoir un petit peu de crème, mais ça ne va pas être l’essentiel. »

Peut-on les manger en quantités quasi-illimitées ?

« On a le droit aux viandes et poissons en les consommant correctement, modérément, puisqu’on a dit que c’était pas un hyperprotéiné. On ne va donc pas se faire un poulet entier avec la peau, mais on va l’associer avec des légumes, avec des oléagineux, avec de l’avocat et un petit filet d’huile. »

Et que doit-on éviter ?

« Malheureusement, avec ce régime, il n’y a plus de pâtes, plus de pain, plus de riz, plus de légumineuses. On est au delà du taux de glucides autorisé. Ce qui est assez embêtant aussi, c’est qu’il y a une forte diminution des fruits. Vous avez les fruits rouges, la papaye et le citron, en ce moment, et ça s’arrête là. Adieu la carotte, la betterave, le potiron, la patate douce pour aller vers des légumes plutôt verts, à feuilles, comme des épinards, de la salade, des choux. On déconseille le lait, les yaourts et les fromages mous qui contiennent encore du lactose. »

Quelles sont les contre-indications ?

« Il faut faire un bilan sanguin avant de se mettre au régime cétogène parce que certaines personnes ont des contre-indications au régime cétogènes. Quand on mange du gras comme ça, on va possiblement augmenter son taux de cholestérol. Si on a une hypercholestérolémie, on va éviter. Les gens qui ont des maladies lourdes, des maladies du foie, des maladies du rein, les diabètes de type 1… Pour eux, c’est contre-indiqué. » 

Quand la cétose démarre-t-elle ?

« Ça ne démarre pas tout de suite. Il faut au moins 72 heures pour que le corps change de carburant. Et cette période-là, elle peut être plus ou moins mal vécue. On parle parfois même de grippe cétogène . Des gens vont se trouver, nauséeux, avec le nez qui coule. On n’est pas bien parce que le corps n’est pas habitué à ce nouveau carburant. »

Peut-on le faire quand on est vegan ou végétarien ?

« Les végans purs ne peuvent pas faire de régimes cétogènes. Les végétariens le peuvent parce qu’ils vont pouvoir manger du poisson, du fromage. Mais comme on supprime toutes les sources de protéines végétales qui sont amenées par les légumineuses, c’est compliqué. Il reste néanmoins des protéines végétales dans des oléagineux, comme les amandes, par exemple. »

Faut-il faire le régime cétogène sur le long terme ?

« Rester au régime cétogène pour le long terme, certains le font, mais c’est très compliqué. Ça vous coupe de la convivialité. Les pâtes, les pizzas, le pain du matin, c’est fini. On est loin d’un régime dit ‘équilibré’. On peut avoir des insuffisances, voire des carences. C’est à bien réfléchir avant mais c’est vrai que quand on fait pendant une période, ça marche bien. »

*Avant chaque régime ou changement radical d’alimentation, il est préférable de consulter un médecin nutritionniste ou diététicien



Source [ Europe 1 ]