ANALYSE

Tout a été relancé par deux interviews de François Bayrou, haut-commissaire au plan et président du MoDem, et de Stéphane Séjourné, député européen. Les deux responsables de la majorité ont appelé, dans Le Figaro, à la création « d’un grand mouvement politique central », large, mais qui respecterait les sensibilités de chacun. « Cette union détruirait le clivage droite-gauche pour des années et imposerait comme seul alternative l’extrême-gauche et l’extrême-droite », confie un député MoDem à Europe 1. Cette coalition, qui prendrait la forme d’une « maison commune », va-t-elle pour autant voir le jour ?

Concrètement, cette structure regrouperait plusieurs formations politiques, à savoir LREM, le MoDem, Agir et Territoire de Progrès. Ce nouveau mouvement serait agrandi d’une aile droite composée par les proches d’Édouard Philippe et d’une aile gauche appuyé par Barbara Pompili et d’autres. En somme, la transposition du « Parti Démocrate » à la française.

L’étiquette LREM, « trop usée » ?

Pour François Bayrou, c’est aussi une volonté de transmettre le parti depuis la disparition de Marielle de Sarnez. Il souhaite léguer le parti à la jeune génération en le murant dans un mouvement d’ampleur. Pour cela, il doit convaincre dans les prochaines semaines le Président de soutenir ce projet, tout en négociant entre 90 et 100 députés MoDem investis pour les législatives à venir.

François Bayrou soutient aussi que le MoDem et Agir peuvent revendiquer un meilleur ancrage local que La République en marche. « L’étiquette LREM est peut-être un peu trop usée, ce n’est pas sûr qu’elle marchera aussi bien qu’en 2017. C’est aussi une meilleure répartition des risques pour s’assurer la majorité en 2022 », analyse un député Modem. Ce dernier rajoute qu’au-delà des arguments, ils ont aussi des moyens de pression. « Si le Président veut un véritable soutien militant durant la campagne, il devra nous donner un certain nombre de circonscriptions. » En rappelant également que « c’est le MoDem qui a fait gagner François Hollande en 2012 » car Nicolas Sarkozy avait refusé de leur donner des circonscriptions.

En réalité, le Mouvement démocrate et Agir se méfient du nouveau parti d’Édouard Philippe. L’ancien Premier ministre a en effet annoncé vouloir lancer son parti de centre-droit, c’est-à-dire sur les terres d’Agir et du MoDem. Ces derniers se méfient de la place que celui-ci peut prendre, en termes de visibilité, mais aussi d’élus. C’est bien sur le point des élus qu’il y a une tension. « On veut bien accueillir ses proches et les intégrer au mouvement, mais pas leur donner nos sièges », tempête un membre d’Agir. De plus, ce cadre analyse que « si le Président veut choper des circonscriptions aux Républicains, il vaut mieux envoyer les amis de Philippe plutôt que nous ».

Les réticences de La République en marche

Pour le président du groupe LREM à l’Assemblée Nationale, Christophe Castaner, « la priorité, c’est la présidentielle ! On verra pour les investitures des législatives après. » Le chef de la majorité au Parlement estime qu’il faut d’abord gagner la présidentielle, car c’est grâce à cette victoire qu’ils peuvent obtenir la majorité lors des législatives. « L’électorat qui perd la présidentielle se mobilise moins aux législatives alors que les gagnants continuent d’aller voter, peu importe le candidat de la circonscription », souligne Christophe Castaner.

Cependant, l’ancien ministre de l’Intérieur se veut rassurant vis-à-vis de ses alliés du MoDem et d’Agir. « Les amis d’Édouard Philippe, ce sont des gens déjà élus et les maires des moyennes et grandes villes ou de départements ne veulent pas être élus simple député. » La majorité compte bien donner ses circonscriptions au compte-goutte, car chacun voudra une part. Même si Christophe Castaner a bien en tête que le parti de la majorité verra environ 20% de ses sièges non renouvelés et qui devront donc être redistribués.

« Coup de pression »

Chez les députés LREM, on ne croit donc pas au projet de François Bayrou. « Ils veulent nous mettre la pression pour sécuriser leurs postes, car ils ont peur d’Édouard Philippe, mais leur maison commune n’a aucun intérêt, ce sera le bordel », ose un député de la majorité. Avant de rajouter : « Cependant, leur coup de pression a marché, on a battu le record d’affluence à notre rentrée parlementaire, 220 députés sur 269. Chacun voulait être rassuré qu’on n’allait pas donner son siège pour des alliances politiques. Certains, qu’on n’avait pas vus depuis des années, ont salué les cadres du parti comme des meilleurs amis. » Beaucoup de remue-ménage pour un projet encore très flou. Et en coulisses, chacun avance ses pions, à chaque fois sur la case d’un autre.



Source [ Europe 1 ]