Les objets connectés et l’intelligence artificielle représentent un espoir dans la prise en charge des patients diabétiques. « Auparavant, le patient venait en consultation avec un carnet sur lequel il notait sa glycémie mesurée au bout du doigt et les doses d’insuline injectées. C’était rébarbatif. Et les données étaient parfois fausses. Ce carnet est tombé en désuétude », observe le Dr Emmanuel Sonnet, diabétologue.

Aujourd’hui, les lecteurs de glycémie, les stylos injecteurs et lespompes à insuline sont connectés à un smartphone ou à une tablette. Les données récoltées via ces objets connectés peuvent être partagées avec l’équipe médicale. « Ces outils facilitent le dialogue et nous permettent d’être plus réactifs en cas de besoin », souligne le Dr Sonnet. Dans leur ensemble, les patientsapprécient ces aides technologiques, à condition que leur vie privée soit respectée.

Une étude internationale à laquelle ont participé 360 patients français a évalué l’acceptabilité de la surveillance du diabète en utilisant des objets connectés.  Les 360 patients français sélectionnés étaient des participants de « ComPaRe« , la Communauté de Patients pour la Recherche de l’AP-HP. Cette plateforme collaborative rassemble les patients ayant choisi de faire avancer la recherche sur les maladies chroniques en répondant via internet aux questionnaires des chercheurs et en apportant leur expérience et leurs témoignages. Objectif : améliorer le bien-être, la qualité de vie et les soins apportés aux patients.

L’étude a fait l’objet de deux publications en janvier dans les revues Mayo Clinic Proceedings et JAMA Network OpenRésultat : les personnes diabétiques plébiscitent les objets connectés pour la mesure du taux de glucose en continu, mais sont réticents envers les applications, jugées plus intrusives, qui permettent de calculer les glucides à partir de la photo d’un plat, en temps réel. Ils restent également méfiants vis-à-vis du stockage et de l’utilisation de leurs données personnelles.

Mesure du glucose en continu : la fin des autopiqueurs ?

Deux systèmes permettent aux personnes diabétiques de surveiller leur glycémie d’un coup d’œil : 

C’est la méthode « traditionnelle ». Le patient se pique au bout du doigt à l’aide d’une lancette. Il recueille une goutte de sang et la dépose, ensuite, sur une bandelette réactive.

  • L’avantage : la mesure de la glycémie est précise.
  • L’inconvénient : se piquer plusieurs fois par jour est pénible et douloureux. La glycémie est instantanée et ne reflète pas les variations de la journée.

Placé sous la peau, ce dispositif mesure en continu le glucose interstitiel, un indicateur qui reflète la glycémie avec un décalage de quelques minutes. Le système le plus utilisé est le FreeStyle libre, remboursé par la Sécurité sociale. Pour obtenir la glycémie, il suffit de scanner le capteur à l’aide d’une télécommande ou d’un smartphone.

D’autres dispositifs dialoguent automatiquement avec le téléphone et envoient des alertes (DexcomG6, également remboursé). Ils peuvent même être couplés à une pompe à insuline. Ces dispositifs médicaux sont garantis par un marquage CE.

  • L’avantage : l’algorithme calcule des glycémies moyennes et affiche des tendances à la hausse ou à la baisse. Le médecin peut consulter ces informations et suivre son patient lors de rendez-vous à distance.
  • L’inconvénient : la mesure du glucose interstitiel est parfois moins précise que la glycémie capillaire. Le dispositif est peu discret. Il peut se produire localement une réaction cutanée.

Télésurveillance : une expérimentation en cours

Les dispositifs connectés permettent de suivre les patients diabétiques à distance. C’est l’objet du programme de télésurveillance Étapes, dans lequel sont inclus 3 000 patients. L’équipe soignante visualise les paramètres sur un tableau de bord. « Les patients se sentent protégés et suivis, tout en restant chez eux », témoignait une infirmière lors du dernier congrès de la Société francophone du diabète. L’expérimentation prendra fin en janvier 2022.

Le « pancréas artificiel », une pompe high-tech

C’est l’évènement de l’année 2021 en diabétologie : l’arrivée de « l’insulinothérapie automatisée en boucle fermée » ou « pancréas artificiel ». Cette pompe à insuline, placée sous la peau, est connectée à un dispositif de mesure du glucose en continu et commandée par un algorithme calculant automatiquement la bonne dose d’insuline à injecter. Le système d’intelligence artificielle est presque autonome. Le patient n’intervient qu’au moment du repas et lors d’un effort physique pour entrer des données comme la quantité de glucides ingérés ou le type d’activité.

Trois dispositifs arrivent sur le marché :

  • Diabeloop,
  • Minimed 780G
  • et Control IQ.

Ces nouveaux outils apportent aux patients une certaine sécurité (moins d’hypoglycémies, notamment la nuit) et davantage de sérénité.

  • Pour qui ? Ils s’adressent aux personnes diabétiques de type 1, dès l’âge de 7 ans. En France, 6 000 à 7 000 adultes pourraient en bénéficier sur les 75 000 porteurs d’une pompe à insuline.
  • Comment y avoir accès ? Sur prescription médicale, dans des centres spécialisés, avec une période d’apprentissage de 3 mois, sous la surveillance de médecins.
  • Quel remboursement ? L’avis favorable au remboursement a été accordé en janvier 2020. La négociation sur le prix et les modalités de prise en charge est en cours. Le remboursement devrait être effectif d’ici la fin de l’année.

En vidéo : Prise en charge du diabète de type 1 : qu’en est-il du pancréas artificiel ?

Quelle sécurité pour les données personnelles ?

« C’est un vrai souci pour les patients, car il peut y avoir des utilisations malveillantes des données personnelles« , constate Jean-François Thébaut, vice-président de la Fédération française des diabétiques (FFD).

Les dispositifs médicaux, comme la mesure du glucose en continu, répondent à un cahier des charges. Les données sont hébergées sur des sites spécialisés, mentionnés dans les CGU (conditions générales d’utilisation).

En dehors de ces dispositifs médicaux, les règles sont fixées par le Règlement général sur la protection des données (RGPD). « Mais elles ne sont pas assez sécurisées pour ce qui concerne la santé », indique Jean-François Thébaut.



Source [ Sante magazine ]