À ce jour, on ne dispose hélas d’aucun traitement curatif contre la maladie de Parkinson. Mais le farnésol, un alcool aromatique présent dans différentes herbes, fruits et baies, au parfum semblable au muguet et déjà utilisé en cosmétique, parfumerie et aromathérapie, pourrait bien changer la donne : à l’université Johns-Hopkins, Areum Jo et ses collègues ont montré, lors d’essais précliniques chez des souris, que cette molécule interrompt le processus de mort cellulaire qui est à l’origine de la maladie. Et que les souris traitées conservent leurs aptitudes motrices et cognitives.

La maladie de Parkinson est la deuxième maladie neurodégénérative la plus fréquente : elle concerne 2 % des personnes de plus de 70 ans, soit plus de 200 000 malades en France, qui souffrent non seulement de troubles moteurs (dont les tremblements et la rigidité des muscles), mais aussi de problèmes cognitifs, comme les troubles du sommeil et de l’humeur. Aujourd’hui, les seuls médicaments disponibles ne font qu’atténuer les symptômes, sans enrayer la progression de la maladie ; il est donc urgent de trouver de nouvelles cibles thérapeutiques.

La pathologie est liée à la perte, lente et progressive, des neurones dopaminergiques de la substance noire, un petit noyau au centre du cerveau qui contrôle, entre autres, les mouvements. Plusieurs gènes ont été associés à la maladie, dont celui de la parkine, mais les mutations de ces gènes n’expliquent pas à elles seules toutes les formes de la maladie ni leur évolution. Toutefois, l’identification de ces facteurs génétiques a permis aux chercheurs de créer des modèles animaux de la maladie et de déterminer des voies cellulaires impliquées dans la dégénérescence des neurones.

Cibler une molécule toxique

Ainsi, il y a quelques années, Jo et ses collègues ont mis en évidence une protéine présente dans les neurones dopaminergiques, nommée PARIS (parkin interacting substrate), qui semble impliquée dans leur destruction et que l’on gagnerait donc à neutraliser. Plusieurs indices incriminaient PARIS : elle était présente en plus grande quantité chez les patients parkinsoniens, mais aussi chez des animaux traités avec le MPTP, une molécule naturelle qui détruit spécifiquement les neurones dopaminergiques, ou chez des rongeurs dont on inactivait la protéine parkine, provoquant les symptômes caractéristiques de la maladie. Les chercheurs ont aussi révélé que PARIS empêche la synthèse d’un facteur protecteur des neurones, le PGC-1alpha, qui favorise la production d’énergie par les mitochondries des cellules et limite le stress oxydatif (une altération des cellules par oxydation), de sorte qu’ils ont pu démontrer que cette protéine participe directement à la mort des neurones dopaminergiques dans différents modèles animaux de la pathologie et probablement chez les patients atteints de la maladie.

Les chercheurs ont donc cherché une substance capable d’inactiver PARIS, en passant au crible de nombreuses molécules déjà utilisées en médecine. Ils sont tombés sur le farnésol (ou CSU-1806) : chez les souris malades – quelle que soit la cause de leur maladie : MPTP, inactivation de la parkine ou d’autres gènes –, une alimentation supplémentée en farnésol réduit de moitié la mort des neurones dopaminergiques (en comparaison avec les rongeurs mangeant normalement) et restaure les aptitudes motrices et cognitives des animaux traités. Comment ? Le farnésol ajoute un groupement chimique sur PARIS, qui change alors de structure tridimensionnelle. On parle de « farnésylation ». Il s’ensuit que PARIS devient incapable de bloquer la synthèse du PGC-1alpha, si bien que les souris mangeant du farnésol possèdent 55 % de PGC-1alpha en plus, comparativement aux animaux non traités.

De plus, les chercheurs ont montré que la « farnésylation » de PARIS est aussi diminuée chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson, même d’une forme non génétique, et ce, uniquement dans la substance noire. Il est donc fort probable que le farnésol représente un traitement préventif de l’évolution de la maladie de Parkinson. Reste à lancer les essais cliniques chez l’homme pour déterminer les doses efficaces, les effets secondaires, ainsi que le moment où il serait pertinent de prescrire cette substance.





Source [ Pour la science ]