La semaine dernière eut lieu la fête de Roch Hachana, le nouvel an hébraïque, dont la signification profonde est celle d’un temps de retour sur soi, techouva en hébreu, un mot qui veut dire à la fois « retour » et « réponse », où chacun fait le bilan de l’année écoulée et tente d’apporter des réponses aux questions profondes qui le traversent, sur le plan existentiel, spirituel, intellectuel et éthique. 

Où en suis-je de ma vie ? Que fait-il changer ? garder ? améliorer ? La sonnerie rituelle du shofar qui est le cœur de la liturgie de cette fête ébranle l’auditeur et l’aide dans ce travail d’introspection difficile, si celui-ci est fait avec tout le sérieux que requiert le changement et la prise de nouvelles décisions. 

Mais la techouva, ce retour à soi, est aussi détour, un détour par les autres, ceux que nous avons pu blesser par nos actes ou nos paroles, ceux qui méritaient de notre part plus d’attention et d’amour, ceux à qui, dès lors, il faut demander pardon et s’excuser de ne pas avoir été là quand l’autre attendait aide, présence, écoute et compréhension. 

Mais identifier ce qui a été mal fait et le mal qui a été fait, se retourner donc sur son passé et se détourner vers les autres, nécessite un temps d’analyse et de réflexion que la tradition, ancrée dans le texte biblique, a évalué à 10 jours. 

Ce sont les dix jours qui séparent Roch Hachana, le Nouvel an, de la fête de Kippour ou yom kippour, « jour du pardon » ou du « grand pardon ». Mais le temps qui passe ne pose-t-il pas une question majeure : 

Que faire quand ceux qui ont été offensés, blessés et dans certains cas tués ne sont plus là pour que l’on puisse leur demander pardon ? N’y a-t-il pas aussi de l’irrévocable, de l’irréversible, de l’impardonnable ? 

L’invitée

Danielle Cohen-Levinas est philosophe, musicologue et poète.

Depuis  1998, après une carrière au CNRS, elle est Professeure à l’université  Paris IV Sorbonne – spécialiste de l’idéalisme musical allemand, de  l’opéra et de la philosophie de la musique – et chercheure associée aux  Archives Husserl de Paris à l’ENS.

Elle a été Directrice de programme au Collège international de philosophie entre 1996 et 2002. Depuis 2007,  elle est conseillère éditoriale aux Éditions Hermann et directrice de la  collection de philosophie « Le Bel Aujourd’hui » qu’elle a fondée la même année.

Femme de radio aussi, elle produit des émissions sur France Musique et France Culture de 1982 à 2005.

Archives sonores

La scène du Kol Nidré Dans Jazz Singer, 1927.

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Le Cantor Dan Mutlu chante le Kol Nidré, 2019.

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Rabbi Angela Buchdahl chante le Kol Nidré, 2013.

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Les livres de l’invitée

I. Danielle Cohen-Levinas, L’impardonnable, « Êtes-vous juifs? », aux éditions du Cerf, 2021.

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Crédits : .

Radio France

Présentation de l’éditeur :

« Plus de poésie après Auschwitz disait Adorno. Mais est-ce vrai de la  pensée ? L’impardonnable ne crée-t-il pas l’impensable au risque de la  répétition ? Pour qu’il n’en soit véritablement plus jamais ainsi, il  faut rendre ses droits à la philosophie. Bouleversant et courageux. 

Passée  le seuil du XXIe siècle, la question juive n’est toujours pas réglée.  L’antisémitisme est une question qui perdure, comme si, à l’échelle  européenne et mondiale, on ne savait que faire des Juifs et du judaïsme.  

Entre haine, rejet, conversion, exclusion, persécution, extermination,  l’antisémitisme revêt à travers l’histoire des formes d’une  extraordinaire plasticité. La figure du Juif hante notre civilisation au  point de contaminer tous les registres de l’existence. Chacun y va de  sa réponse, alors même qu’aucun argument rationnel n’est jamais parvenu à  combler la haine de l’autre homme.

Ne pas être  » dupe de la morale « ,  comme l’écrit Emmanuel Levinas dans la préface de Totalité et Infini,  cela ne signifie rien de moins que de suspendre la conscience morale,  afin d’admettre que là où réside l’antisémitisme, il n’y a pas  d’eschatologie de la paix et de la justice qui tienne. 

Dans un contexte  historique marqué par l’expérience de la Shoah, a surgi après la Seconde  Guerre mondiale une autre question : le pardon, comme un défi lancé à  l’impardonnable et à l’irréparable. 

Danielle Cohen-Levinas opère  dans son essai un retournement. Au travers de quelques figures majeures  de la philosophie contemporaine et de la pensée juive, elle passe au  crible la question de l’impardonnable, à savoir comme limitation aux  multiples apories du pardon. » 

II. Le devenir-juif du poème : Double envoi: Celan et Derrida

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Crédits : .

Radio France

Présentation de l’éditeur:

La poésie de Celan engage un mode de lecture et d’interprétation que Jacques Derrida nomme Schibboleth

Plutôt que dévoiler le sens du poème, Derrida excave le texte jusqu’à  toucher les vestiges d’un passé qui ne passe pas, faisant resurgir ce  que le poète appelle un Singbarer Rest.

Le poème enclenche  alors un double envoi : une folie de la langue renonçant à ce qui lui  appartient en propre pour donner la parole à un Autre, l’Étranger, le  Juif en Celan comme le Juif en tout homme. 

Comment s’orienter dans cette  folie qui tente de surseoir à une bénédiction sans locuteur ?

À  l’encontre du mal herméneutique qui consiste à élucider le poème, à  rechercher le point de rassemblement de l’éclaircie sémantique, la «  contre-parole » de Celan porte la trace indélébile d’Auschwitz, de  l’Holocauste, de la Shoah, trois mots déclinant l’obscurité du monde et  la survie de l’humain.

Le devenir-juif du poème doit  désormais parcourir tant et tant de chemins sans destin pour témoigner,  même endeuillé, de la mémoire des noms et des dates.





Source [ France culture ]