En février 2020, le quatrième T-Day d’EY avait pour slogan : « le courage de transformer ». Du courage, il en a fallu aux entreprises quelques semaines plus tard pour résister à une crise sanitaire qui a bouleversé leur activité. « De l’adaptation dans l’urgence et de la transformation, nous en avons vécu beaucoup durant cette période » a rappelé Éric Fourel, président d’EY France. Dans un message vidéo, le Ministre de l’Économie Bruno Le Maire a expliqué que « cette sortie de crise constitue une occasion historique pour transformer notre économie avec une relance décarbonée. Nous allons faire de la France la première économie décarbonée en Europe ».

Les grands industriels français ont l’air bien décidé à accélérer le rythme de cette décarbonation. Total, septième groupe pétrolier et gazier mondial, vient de se renommer TotalEnergies et son président Patrick Pouyanné (lire son interview) veut en faire le cinquième groupe mondial d’énergie propre. « La décarbonation est au cœur de notre stratégie. C’est un engagement total et multidimensionnel » a expliqué de son côté Catherine Guillouard, la PDG de la RATP, troisième transporteur public mondial qui intervient dans 13 pays. Les objectifs de l’opérateur sont ambitieux : diminuer de moitié les émissions de GES d’ici 2025.

Pour ce faire, l’entreprise publique a mis en place un programme concernant les bus, qui pèsent 74 % des émissions de GES  du groupe. Trois mille sept cents bus (sur les 4700 d’Île-de-France) dans 25 dépôts sont en train d’être  convertis au biogaz et à l’électricité, l’hydrogène étant l’étape suivante d’ici dix ans. L’opérateur de transport travaille aussi sur sa sobriété énergétique et veut baisser de 20 % sa consommation d’électricité, soit 3 Térawatts par an.  « Nous sommes le premier transporteur public mondial à avoir été certifié ISO 50001(management de l’énergie)  sur l’ensemble de nos activités » s’est félicitée Catherine Guillouard. Mille capteurs pilotés par du big data et de l’IA relient les bâtiments tertiaires, les stations et les sites industriels pour piloter finement leur consommation énergétique. « Bâtisseur de la ville connectée et propre » selon la description de sa PDG, la RATP veut incarner sa raison d’être.

Des carburants durables pour l’aviation
 
Le transport aérien, bien qu’il ne représente que 2,5 % des émissions polluantes, est sous le feu des critiques. Air France en est consciente et la compagnie nationale s’engage dans une trajectoire de décarbonation. « Nous nous heurtons à deux obstacles. Les solutions technologiques de rupture (hydrogène, e-fuels) en sont encore au stade de la recherche et du concept. Et ce sont des investissements colossaux, surtout pour un secteur toujours en pleine crise » a rappelé Anne Rigail, directrice générale d’Air France. L’objectif est de faire -50 % d’émission de CO2 par passager kilomètre d’ici 2030, soit -15 % en valeur absolue en tenant compte des perspectives de croissance du trafic. Premier levier : la flotte, puisque chaque avion de nouvelle génération représente 20 à 25 % de CO2 en moins. Air France va recevoir 38 Airbus 350 et 60 A220 dont le premier va arriver la semaine prochaine. Deuxième levier : les carburants durables. « Ils permettent de réduire les émissions de CO2 de 80 %. L’enjeu est de développer la production en Europe et si possible en France » a expliqué Anne Rigail. Air France et Total ont organisé le 21 mai le premier vol long courrier de Paris à Montréal avec 16 % de biocarburant durable made in France à base d’huiles de cuisson recyclées. Des carburants verts dont la part est encore infinitésimale : 1% l’an prochain (0,01 % en 2019), puis 5 % en 2030 et 63 % en 2050 selon la directrice générale d’Air France. Les fuels synthétiques ou e-fuels eux ne seront pas opérationnels avant plusieurs années.

Produire de l’énergie verte, c’est bien, la transporter jusqu’aux sites qui en ont besoin, c’est mieux. C’est une des tâches de Nexans, spécialiste des câbles pour le transport de l’énergie « Nous allons poser plus de 20 000 km de câbles sous-marins entre les pays pour qu’ils puissent échanger entre eux cette électricité durable » a précisé Christopher Guérin, directeur général de Nexans. Exemple : l’entreprise vient de poser un câble de 700 km entre l’Allemagne et la Norvège, pour transporter les excédents d’électricité produits par les fermes éoliennes allemandes afin qu’ils soient acheminés en Norvège, qui transmettra en retour aux Allemands une partie de sa production hydro électrique. Renouveler les réseaux électriques urbains vieillissants est un autre enjeu, en Europe comme aux Etats-Unis. Nexans possède une usine outre-Atlantique qui connecte au réseau les énergies renouvelables produites en mer. Le recyclage du cuivre présent dans les câbles est un autre enjeu important, car « il n’y aura pas assez de réserve pour soutenir la demande » selon Christopher Guérin.  

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La croissance verte : un puissant accélérateur de la transformation des entreprises

Retrouvez ici la vidéo de la table ronde lors du EY-T-Day