La réalisatrice a obtenu la récompense suprême du festival italien grâce à ce long-métrage sur un avortement clandestin dans la France des années 1960.

La réalisatrice française Audrey Diwan, 41 ans, a reçu samedi le Lion d’Or à Venise pour L’événement, un film sur une jeune femme qui avorte clandestinement. Une récompense qui intervient deux mois après le couronnement d’une autre Française, Julia Ducournau à Cannes pour Titane.

« Malheureusement quand vous travaillez sur l’avortement vous êtes toujours dans l’actualité », a déclaré en recevant son prix Audrey Diwan, qui succède à la Sino-Américaine Chloé Zhao, sacrée l’an dernier pour « Nomadland« .

« J’ai fait ce film avec colère et désir, je l’ai fait avec mon ventre, avec mes tripes avec mon coeur », a-t-elle ajouté. « Je voulais que ce soit une expérience », un « voyage dans la peau de cette jeune femme ». Cette récompense lui a été décernée à l’unanimité par le jury présidé par le réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho (Parasite).

Scénariste et réalisatrice

Le film, attendu en salles le 2 février 2022, est adapté du récit autobiographique éponyme de la romancière Annie Ernaux. Il se déroule dans la France des années 1960, avant la légalisation de l’avortement, et montre le parcours d’une jeune étudiante qui tombe enceinte, interprétée par la Franco-Roumaine Anamaria Vartolomei, une découverte. L’événement est le deuxième film d’Audrey Diwan, qui avait filmé un jeune couple en proie à des problèmes de toxicomanie dans Mais vous êtes fous (2019).

Journaliste et romancière qui a écrit pour la télévision, elle a co-signé le scénario de plusieurs films français dont Bac Nord, un film sur les violences policières actuellement sur les écrans français ou La French de Cédric Jimenez, puis est passée à la réalisation.

Meilleure réalisation pour Jane Campion

Dans le reste du palmarès, plusieurs films sont marqués eux aussi par le féminisme et les questions des rapports entre les genres: c’est le cas du Pouvoir du Chien, de Jane Campion, qui a permis à la Néo-Zélandaise de remporter le prix de la meilleure réalisation, 28 ans après sa Palme d’Or pour La leçon de Piano. Le film, huis clos étouffant dans un monde de cow-boys, avec Benedict Cumberbatch et Kirsten Dunst, aborde la question de la masculinité exacerbée et toxique.

Il présente la particularité d’être produit par Netflix, et ne devrait donc pas sortir en salles en France, tout comme un autre lauréat du palmarès établi par le jury du Sud-Coréen Bong Joon-ho (Parasite): Paolo Sorrentino. Le réalisateur italien a décroché le Grand Prix pour La Main de Dieu, sur son enfance à Naples, à l’époque du footballeur Diego Maradona, brisée par la mort de ses parents. Les plateformes de vidéo en ligne, sorties renforcées de la pandémie face aux grands studios historiques étaient une nouvelle fois présentes en force lors de cette 78e Mostra, et leur influence se mesure une nouvelle fois au palmarès.

Laure Calamy distinguée

Côté interprètes, le jury a décerné le prix de la meilleure actrice à Penelope Cruz, pour son rôle dans Madres Paralelas, de Pedro Almodovar, qui continue avec son actrice fétiche à célébrer la force des femmes et des mères face à des hommes lâches ou absents.

L’Américaine Kristen Stewart est finalement repartie bredouille. Elle avait pourtant convaincu nombre de festivaliers en Lady Di dans Spencer de Pablo Larrain, une plongée dans l’intimité de cette femme refusant de renoncer à sa liberté dans l’univers corseté des Windsor. Chez les acteurs, le jury a distingué le Philippin John Arcilla pour son rôle de journaliste en quête de vérité dans On the Job 2: The Missing 8. La France a également été représentée par Laure Calamy, nommée dans la section Orizzonti, une sélection parallèle du festival vénicien. Elle a remporté le prix de meilleure actrice pour son rôle dans À Plein Temps, d’Eric Gravel.

Le glamour de retour

Après une édition 2020 en demi-teinte, marqué par la pandémie et un manque de films marquants en compétition, la Mostra de Venise, le plus ancien des festivals de cinéma du monde, a retrouvé tout son lustre.,Et son influence s’est une fois de plus mesurée à l’aune des stars américaines, qui se sont pressées sur le tapis rouge du Lido, devenu au fil des années une rampe de lancement avant la saison des Oscars.

Matt Damon et Ben Affleck ont monté les marches pour Le dernier Duel, de Ridley Scott, quelques jours après les vedettes de Dune: Timothée Chalamet, Zendaya, Rebecca Ferguson, Oscar Isaac et Javier Bardem.



Source [ BFMTV ]