C’est en choisissant de proposer des tests in vitro, et non plus seulement sur l’homme ou l’animal, qu’Helioscience trouve, dès les années 2000, sa place sur le marché de l’évaluation des protections solaires. Pour ce faire, l’entreprise s’appuie sur une méthode inventée dans les années 1990. Il s’agit en fait d’appliquer une quantité précise de crème sur une plaque en plexiglas, selon un procédé standardisé. Un choix éthique, qui présente aussi un intérêt commercial. Car ce type de test est plus rapide à réaliser, moins coûteux et peut être utilisé toute l’année contrairement à ceux effectués sur l’Homme -ces derniers sont en effet peu fiables durant la période estivale, la peau étant habituée au soleil.

Des normes Afnor et Iso pour mieux s’affirmer sur le marché

Cette méthode, peu d’acteurs la proposent. On en compte ainsi une vingtaine à l’international. Ce qui permet à la société de séduire des industriels tels que les Laboratoires Naos (Bioderma), Caudalie, des groupes anglais, américains – une bonne moitié du chiffre d’affaires est réalisé à l’international – mais aussi de jeunes marques qui se lancent dans les cosmétiques bio. Et l’entreprise devrait voit sa demande augmenter grâce à l’obtention à venir des normes Afnor (pour l’Europe) et Iso (pour l’international). « Cela nous permettra de vendre plus facilement nos tests. Jusqu’à maintenant, les seuls tests normés étaient ceux sur l’Homme. Alors certains clients rechignaient à faire nos tests parce qu’ils voulaient exporter et qu’il leur fallait pour cela une norme. A partir de maintenant, notre test leur suffira. Et comme il est beaucoup moins cher (entre 300 et 600 euros contre 1.500 euros à 4.000 euros pour un test in vivo), on devrait en faire plein », se réjouit Jean-Claude Hubaud, le PDG d’Helioscience.

Helioscience veut se poser en expert des protections solaires

Aux États-Unis, une réglementation favorable à la TPE

Dans le même temps, des perspectives alléchantes se dessinent sur le continent américain. L’entreprise y est présente depuis plus d’un an à travers un laboratoire loué chez son partenaire EverCare (groupe EverZinc). « Ils commercialisent du zinc pour les protections solaires minérales. Et pour convaincre d’utiliser du zinc, ils proposent à leurs clients de leur offrir nos tests ». Ce qui permet à l’entreprise d’étoffer son réseau sur place, identifiant de potentiels distributeurs, en attendant de pouvoir y recruter un salarié. « Pour le moment, les échantillons sont envoyés en France où nous réalisons les tests ».

Cet ancrage sur le continent américain lui permettra surtout de tirer pleinement profit des importants changements de réglementation concernant les protections solaires. Des changements qui obligent les industriels à reformuler leurs produits, et donc à acheter des tests d’évaluation.

« Récemment, les États-Unis viennent d’interdire un troisième filtre anti-UVA. Or c’était le seul filtre qui protégeait de ces rayons, hormis le zinc ». Voilà qui tombe bien. « Notre partenaire EverCare va donc vendre beaucoup de zinc. Et nous : beaucoup de tests ». Un chamboulement réglementaire tel que si pour l’heure le marché américain représente environ 5 % du chiffre d’affaires de l’entreprise, celle-ci entend voir cette part atteindre les 50 % d’ici un an. De quoi dynamiser la croissance de l’entreprise qui prévoit d’avoisiner le million d’euros de chiffre d’affaires cette année et vise les 5 millions d’ici cinq ans. Des recrutements pourraient être réalisés pour renforcer l’équipe composée à ce jour de 7 personnes.

Innover pour garder l’avantage

Mais Helioscience ne veut pas se contenter de cet alignement de planète et sait qu’il faut poursuivre ses efforts en matière d’innovation pour garder l’avantage. « On a développé une nouvelle méthode de tests in vivo mais non invasifs ». L’idée est en fait de permettre aux rayons de ressortir de la peau après l’avoir pénétrée. « L’intérêt, c’est que ces tests durent une heure ou deux au lieu de 3 jours car ils permettent de réaliser deux calculs (indice SPF et UVA) en une seule manipulation ». Ils sont actuellement à l’étude pour l’obtention des normes ISO et Afnor. « Notre atout, c’est que nous sommes les seuls à avoir cette machine en France. En Europe, nous sommes quatre, dont trois en Allemagne ».

La TPE affine en parallèle ses tests de biodégradabilité des protections solaires. « Les tests de biodégradabilité proposés sur le marché ont été créés pour analyser des matières premières. Avec l’Université de Nantes, nous cherchons à mesurer la biodégradabilité de mélanges complexes. Car en mélangeant différentes matières premières, leurs propriétés peuvent changer. Et un produit peut devenir toxique une fois dégradé ». Les recherches devraient aboutir d’ici la fin de l’année.

En outre, Helioscience développe avec une société partenaire une offre de simulation informatique de ses tests de biodégradabilité. « Les industriels sont obligés de donner toutes leurs informations sur les matières qu’ils utilisent dans leurs formulations. Notre société partenaire a rentré toutes ces informations avec les données toxicologiques. Grâce à des formules mathématiques, on obtient des résultats pour des mélanges et pour le moment, ça fonctionne plutôt bien ».

Pourquoi Helioscience veut renforcer sa présence aux Etats-Unis

La biodégradabilité, un sujet d’avenir pour l’entreprise qui anticipe dans les prochaines années un essor de la demande pour ce type de tests. Un essor porté par les inquiétudes des consommateurs vis-à-vis de leur santé et de l’environnement. « De plus en plus de sociétés développent des produits bio et respectueux de l’environnement, à base de filtres minéraux. Les poids lourds restent encore majoritairement sur les crèmes classiques car les filtres minéraux ont l’inconvénient de blanchir la peau, donc on a tendance à les réserver aux enfants. Mais ces industriels commencent à proposer quelques produits minéraux ». Une manière de tester l’appétit des consommateurs avant un déploiement un plus large échelle. « Il faudra encore quelques années pour que cela prenne plus d’ampleur ».