Chaque jeudi, Alternatives Economiques vous sélectionne les meilleurs graphiques de la semaine. Pour ce nouveau Graphorama, nous faisons le point sur les salaires des profs, les dépenses de santé, les niches fiscales pour l’emploi d’une personne à domicile, le poids des SUV et les méconnus réseaux de chaleur.

1/ Les enseignants méritent un meilleur salaire

« Démagogique », « irréaliste », « irresponsable »… C’est peu dire que la proposition faite par Anne Hidalgo, dans son livre Une femme française (éditions de l’Observatoire) de « multiplier par deux au moins le traitement de toutes les personnes au contact avec les élèves » a suscité le débat !

Qu’on l’approuve ou non, l’idée de la maire de Paris, désormais candidate à la présidentielle, a le mérite de mettre les pieds dans le plat de la rémunération des enseignants, qui occupe désormais le sommet des revendications de la profession – que ce soit avec le mouvement des stylos rouges en 2018-2019 ou dans l’opposition à la réforme des retraites.

Les données publiées par l’OCDE ce jeudi apporteront de l’eau à leur moulin. Elles montrent notamment que la carrière salariale des enseignants, sans être déshonorante, part de très bas, en deçà de la moyenne européenne. Elle se situe très loin de celle des professeurs allemands, néerlandais ou américains, qui partent et finissent significativement plus haut une fois neutralisées les différences de niveau de vie.

Tout le monde, y compris Jean-Michel Blanquer, convient du fait que cela n’est plus acceptable. Mais les mesures annoncées récemment, en particulier la revalorisation des débuts de carrière, ne semblent pas pour l’heure à la hauteur des attentes d’une profession qui, comme l’ensemble des fonctionnaires, a vu la valeur de son point d’indice quasi gelée depuis maintenant plus de dix ans.

Relire nos articles :

2/ Dépenses de santé : la plus faible progression depuis 1950

Pour diminuer les dépenses de santé, rien de tel… qu’une bonne pandémie ! C’est ce que semblent montrer les chiffres publiés mercredi par la Drees, le service statistique du ministère de la Santé. En 2020, les dépenses de santé n’ont augmenté que de 0,4 %, passant de 208,3 milliards d’euros en 2019 à 209,2 milliards en 2020. Il s’agit de la plus faible progression depuis que les données sont disponibles, c’est-à-dire depuis 1950. A titre de comparaison, les dépenses de santé avaient augmenté les deux années précédentes de 1,5 % et de 2 %, soit 3 et 4 milliards d’euros. La faible augmentation de 2020 est en grande partie l’effet du premier confinement.

Ce n’est pas une bonne nouvelle. En volume, et non plus en valeur, les soins délivrés ont considérablement diminué, qu’il s’agisse des consultations chez le généraliste ou le spécialiste, chez le dentiste, l’ophtalmologiste… y compris à l’hôpital où de très nombreuses opérations ont été déprogrammées et où la hausse des séjours liés au Covid ne compense pas cette baisse.

La population s’est donc moins soignée, ce qui laisse augurer de retards de prise en charge dont les effets se feront sentir dans les années à venir. A l’hôpital, l’augmentation des dépenses de santé, en valeur, s’explique par les primes et hausses de salaire du Ségur de la santé.

A noter toutefois que si les dépenses de santé au sens strict progressent peu, l’augmentation des dépenses de santé au sens large, une fois ajoutés les soins de longue durée dans les Ehpad et la prévention, est plus élevée, à 4,6 % contre 2,2 % en 2019. Cela représente en 2020 une enveloppe de 284,5 milliards d’euros.

3/ Niches fiscales : très chers services à la personne

En 2020, sur les 39,3 millions de foyers fiscaux ayant déclaré des revenus sur l’année 2019, 17,6 millions se sont acquittés d’un impôt strictement positif. Parmi les autres, 3,4 millions ont perçu une restitution d’impôt. Au total, un peu moins de 12 millions de foyers ont bénéficié d’une réduction ou d’un crédit d’impôts, d’un montant moyen de 1 341 euros, selon une étude que vient de publier la Direction générale des finances publiques (DGFip).

La plus importante de ces niches fiscales, et de loin, concerne l’emploi d’un salarié à domicile, autrement dit ce que l’on appelle les services à la personne qui représentent à eux seuls 5 milliards d’euros de dépenses fiscales. Or, on sait que cet avantage fiscal est très concentré : en 2011, avait calculé la Dares, 10 % des ménages concernés avaient capté à eux seuls 43,5 % des sommes déduites ou restituées par l’administration. La faute à un relèvement continuel des plafonds d’aide, et un élargissement du périmètre des services concernés bien au-delà (jardinage, bricolage, livraison à domicile…) des besoins sociaux (aide aux personnes âgées ou handicapées, garde d’enfant) qui justifiaient originellement cet effort collectif.

Résultat : même si les avantages concédés ont été quelque peu limités ces dernières années, cette niche fiscale s’est largement transformée en subvention au train de vie des plus riches. Il y aurait sans doute mieux à faire par les temps qui courent…

Relire notre article :

4/ Toujours plus de SUV

Vous reprendriez bien un peu de SUV ? C’est une croissance qui n’en finit pas : la part de marché des Sport utility vehicle (SUV) dans les ventes de voitures neuves enregistre record sur record. En Europe, ces 4×4 urbains ont atteint une part de marché de 45 % au premier semestre de cette année, soit près d’une voiture achetée sur deux. Alors qu’il y a à peine une décennie, ces SUV représentaient à peine un dixième des ventes.

Problème : ils sont surtout plus gros, plus lourds, ils consomment davantage d’énergie et émettent donc entre 15 % et 28 % de CO2 en plus qu’un modèle standard, rappelle l’ONG Transport & Environnement.

Spectaculaire, la croissance de ces ventes est plus rapide que celle des voitures électriques qui répond pourtant à une obligation réglementaire. D’ailleurs, la frénésie du tout SUV touche aussi les véhicules électriques, puisqu’une vente sur deux de voiture à batterie est un de ces 4×4 urbains. Une tendance qui va à contre-courant de la transition, puisqu’elle devrait alourdir notre consommation énergétique.

Relire notre article :

5/ Les réseaux de chaleur, c’est pourtant plus écolo

La France fait partie des pays d’Europe où les réseaux de chaleur urbains sont les moins développés : environ 3 % des besoins de chauffage du secteur résidentiel, contre un tiers ou plus chez les champions que sont les pays nordiques, Norvège exceptée.

La part des énergies renouvelables et de récupération (bois et dérivés, déchets domestiques, biogaz…) injectée dans ces réseaux est d’un peu plus de 50 %, plaçant la France dans le camp des bons élèves européens, même si certains font beaucoup mieux (90 % en Suède).

Or, comme le rappelle la Cour des comptes qui vient d’y consacrer un rapport, ce système de chauffage collectif est celui qui émet en moyenne le moins de CO2 par unité d’énergie fournie au consommateur. C’est vrai pour les solutions individuelles ou collectives qui reposent exclusivement sur le gaz, le fioul, ou le charbon. Mais le bilan est également bien meilleur que pour le chauffage électrique.

En effet, lorsqu’il fait froid et que l’on allume un radiateur électrique le soir, ce n’est pas seulement le nucléaire qui est mobilisé, mais aussi des moyens de pointe que sont les centrales à gaz. Et si les réseaux de chaleur sont majoritairement alimentés en chaleur renouvelable, la comparaison est bien meilleure. Non seulement il y a moins de CO2 émis, mais le fait qu’il provienne d’une source renouvelable réduit l’empreinte carbone finale.

La loi de 2015 avait fixé un objectif de 3,4 millions de tonnes équivalent pétrole (tep) de chaleur (et froid) renouvelables injectés dans les réseaux de chaleur. On en est loin : la consommation de chaleur renouvelable par les réseaux est passée de 0,68 Mtep à 1,21 Mtep de 2012 à 2019. A ce rythme, 2,3 Mtep seront péniblement atteints en 2030.

La Cour des comptes a beau formuler des recommandations importantes pour améliorer ces réseaux, il reste à remplir deux conditions : accroître le financement des investissements initiaux qui sont très élevés et créer un mécanisme qui assure l’équilibre économique des projets dans le temps, permette le remboursement des emprunts et interdise aux solutions fossiles d’être plus compétitives.





Source [ Alternatives économiques ]