Il y avait d’abord eu un plan dit « Montagne I » qui promettait, à l’échelle de son premier mandat, une enveloppe de 90 millions d’euros aux acteurs économiques de la montagne. Puis, l’hiver dernier, un plan d’aides d’urgences cette fois de 400 millions d’euros, visant à pallier aux effets de la crise Covid-19 et à la fermeture des remontées mécaniques, qui avait mis l’ensemble de l’économie des stations à l’arrêt.

Ce jeudi, Laurent Wauquiez a fait sa rentrée politique au Grand-Bornand (Haute-Savoie) auprès du monde de la montagne, qui se trouvent désormais à l’aube d’une nouvelle saison d’hiver qu’ils espèrent placée sous le signe de la reprise. Et ce, après des pertes qui avoisineraient, selon les premières estimations, les 7 à 8 milliards d’euros à l’issue de cette année de crise sanitaire, marquée par la fermeture des remontées mécaniques.

Le président LR de la Région Auvergne Rhône-Alpes n’est pas venu les mains vides, puisqu’il a profité de ce déplacement pour annoncer les grandes lignes de son soutien pour le mandat à venir pour le monde de la montagne.

Un écosystème qui fait figure de pilier de l’économie pour certains départements comme la Savoie et la Haute-Savoie, mais aussi plus largement pour la région elle-même, puisqu’il représente près de 120.000 emplois directs en Auvergne Rhône-Alpes, mais aussi près de 400 000 emplois indirects, pour un chiffre d’affaires proche des 7,5 milliards d’euros par an (hors période de crise).

« Ce Plan Montagne II est une occasion unique, celle d’inventer la montagne de demain. Demain, nos massifs seront de véritables vitrines du dynamisme économique de notre région et de l’innovation de nos entrepreneurs », a déclaré à cette occasion Laurent Wauquiez.

100 millions d’euros, répartis en quatre axes stratégiques

Bien que ce plan devra encore être voté par l’Assemblée plénière régionale en octobre prochain, mais aussi discuté d’ici là avec les acteurs de la montagne, Laurent Wauquiez a déjà annoncé la couleur : il prévoit ainsi une rallonge de 100 millions d’euros qui doit permettre à la montagne de « retrouver de l’espoir pour la montagne », et « faire d’Auvergne-Rhône-Alpes la première montagne durable d’Europe ». Le tout, sans que des objectifs ou des cibles précises à ce sujet ne soient cependant encore pour l’heure mentionnées.

Ce plan comprendra néanmoins quatre grands axes jugés prioritaires : une première enveloppe de 10 millions d’euros afin d’accompagner les projets « des communes et stations qui souhaitent investir dans des projets de développement durable et pour la transition énergétique ». Avec l’ambition « de tendre », sans que le seuil ne soit précisé, « vers des stations zéro émission ».

Le second volet de ce plan comprendra 15 millions d’euros afin d’aider les stations à « devenir moins dépendantes aux aléas climatiques » en « diversifiant l’offre touristique été comme hiver ». Mais le plus gros de l’enveloppe en matière de répartition (soit 30 millions d’euros), demeurera alloué à la « pérennisation de la saison hivernale en sécurisant l’enneigement ».

Ce qui signifie que la Région continuera à investir dans les dispositifs d’enneigement, une catégorie qui pourrait donc permettre d’accompagner la création de nouvelles retenues collinaires ou équipements de neige de culture, des installations contre lesquelles s’élèvent régulièrement les associations environnementales, qui évoquent l’impact écologique de ces équipements.

Entre renouvellement de la clientèle et ascenseurs valléens

Ce plan prévoit également 6 millions d’euros afin de financer l’apprentissage du ski et la découverte de la montagne pour tous les élèves de la région. Sur ce point, le président de la Région vise en effet à accompagner le renouvellement de la clientèle des stations de ski, en dopant notamment la pratique du ski chez les Français, alors qu’ils sont aujourd’hui, selon plusieurs études, seulement 8% à pratiquer ce sport.

Trois autres dispositifs annexes viendront compléter cette annonce : à savoir une aide à la rénovation immobilière de loisirs et des centres de vacances de 10 millions d’euros, un accompagnement des petites stations à hauteur de 5 millions d’euros, mais aussi un volet de soutien aux projets d’ascenseurs valléens de 20 millions d’euros. Soit le double de la somme proposée, sur ce point, par le plan Avenir Montagne de 640 millions d’euros de Jean Castex.

Présenté en avril dernier à l’issue d’une saison blanche forcée par la fermeture des stations, le gouvernement avait annoncé un vaste plan visant à doper l’investissement au sein des massifs français, avec à la clé une aide de 10 millions à l’ingénierie des projets d’ascenseurs valléens.

Côté Région, on ne connaît cependant pas encore les modalités et critères de ces aides, « qui devront être discutés avec le monde de la montagne » d’ici la soumission du dispositif à un vote, en assemblée plénière, prévu en octobre prochain.

« La volonté est que l’on se dirige plutôt vers des subventions, car si le dispositif de prêt peut être utile à la crise pour résoudre des problèmes de trésorerie notamment, le système de subventions est considéré plus efficace pour la plupart des acteurs, avec la volonté de proposer des critères simples », glisse-t-on du côté de l’exécutif régional.

Le tout, en rappelant le bilan du plan Montagne I (2016-2021), qui aura permis « de soutenir 350 projets pour un montant total de 90 millions d’euros. Il aura notamment permis l’accompagnement de 120 stations et à 21 000 élèves de découvrir le ski ».

Des points qui demeurent en suspens

Questionnée sur le plan de la durabilité, la Région précise qu’une enveloppe de 10 millions sera directement fléchée vers l’accompagnement de projets liés au développement durable, ajoutant que chacun des trois autres axes « doit permettre d’atteindre la notion de durabilité, à l’image des ascenseurs valléens, dont l’enveloppe pourrait servir à la fois à l’ingénierie des projets ainsi qu’à leur financement ».

Ce plan ainsi que son fléchage s’inscrira dans les discussions autour du nouveau projet de budget régional 2022. Pour rappel, le plan Montagne I était issu du volet dédié aux actions économiques financée par la Région.

En attendant, le président de Domaines Skiables de France (DSF), Alexandre Maulin joint par La Tribune, s’affiche satisfait face à la première mouture de ce plan. Car en plus de « continuer à soutenir le développement des stations, à sécuriser l’enneigement et qui veut accompagner les projets d’ascenseurs valléens », il permet également «  d’ajouter des mesures complémentaires visant à atteindre la neutralité carbone des stations, un enjeu fort pour nous qui avons sorti nos éco-engagements ». Il cite en exemple le cas des dameuses à hydrogène, dont l’accompagnement à la transition n’était pas encore sécurisé jusqu’ici, ou encore de la diversification de la montagne, un enjeu large sur lequel « deux plans ne seront pas de trop ».

Car il ne s’agit pas du seul dispositif financier actuellement mobilisable pour les professionnels de montagne : fin mai, le gouvernement français avait lui aussi retroussé les manches avec l’annonce, très attendue, d’un grand plan d’investissement, Avenir Montagne, de 640 millions d’euros, endossé par Jean Castex.

Sur ce point, les acteurs de la montagne interrogés par La Tribune précisent que l’étude des premiers dossiers est désormais en cours du côté de l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT). « Un certain nombre de dossiers ont déjà été déposés. De premiers retours devraient avoir lieu à l’automne », nous précise-t-on.