La Grande Table critique : chaque vendredi, une poignée de critiques passionnés échangent et se disputent autour de films, de livres, d’expositions, de disques, de bande-dessinées, etc… On y parle de l’actualité culturelle avec enthousiasme et contradiction.

Au sommaire de cette émission, deux expositions : « Botticelli – Artiste et designer« , jusqu’au 24 janvier 2022 au musée Jacquemart-André, à Paris, et « Apichatpong Weerasethakul – Periphery of the Night« , jusqu’au 28 novembre à l’Institut d’Art Contemporain de Villeurbanne. 

Nos critiques du jour : Sarah Ihler-Meyer, critique d’art et commissaire d’exposition, et Corinne Rondeau, maîtresse de conférence en esthétique et sciences de l’art à l’université de Nîmes.

« Botticelli – Artiste et designer »

L’exposition : « Le musée Jacquemart-André célébre le génie créatif de Sandro Botticelli (1445 – 1510) et l’activité de son atelier, en exposant une quarantaine d’œuvres de ce peintre raffiné accompagnées de quelques peintures de ses contemporains florentins sur lesquels Botticelli eut une influence particulière. La carrière de Botticelli, devenu l’un des plus grands artistes de Florence, témoigne du rayonnement et des changements profonds qui transforment la cité sous les Médicis. 

En suivant un ordre chronologique et thématique, le parcours illustre le développement stylistique personnel de Botticelli, les liens entre son œuvre et la culture de son temps, ainsi que l’influence qu’il a lui-même exercée sur les artistes florentins du Quattrocento. » 

« Le Jugement de Pâris », 1482-1485, tempera sur bois, 81 x 197 cm, Venise, Fondation Giorgio Cini, Galleria di Palazzo Cini, Venezia © Fondazione Giorgio Cini
Crédits : Botticelli

« Apichatpong Weerasethakul – Periphery of the Night »

L’exposition : « Jalonnée de chambres obscures et composée d’une vingtaine d’œuvres, dont des pièces inédites, l’exposition multiplie les supports et les dispositifs de projection, façonnant autant d’environnements initiatiques où s’exerce un véritable art de la dilatation. Porté par le rythme envoûtant des vidéos, leurs jeux d’ombres et de lumières, le tissu sonore pénétrant qui les accompagne, le visiteur est invité à circuler de l’une à l’autre dans un état de conscience altérée, à la lisière entre la veille et le sommeil.

C’est cette lisière, cette « périphérie » nocturne que l’artiste et cinéaste explore, lui qui a passé son enfance en bordure de la jungle. La périphérie de la nuit : un espace-temps distinct et pourtant à portée de main, à quelques encablures du jour. »

Vue de l'exposition "Apichatpong Weerasethakul - Periphery of the Night", Villeurbanne © Studio Hans Wilschut
Vue de l’exposition « Apichatpong Weerasethakul – Periphery of the Night », Villeurbanne © Studio Hans Wilschut
Crédits : Apichatpong Weerasethakul

« Periphery of the Night nous engage dans des pistes rêveuses, qui s’incarnent dans une vaste galerie de rythmes et d’énergies, parfois très éloignés du calme diffus et de la langueur caractéristique des films de cinéma. Au moyen de dispositifs singuliers (rétroprojection, projections suspendues, filtres holographiques), il s’agit de modifier notre horloge biologique, au point de nous faire éprouver d’autres cadences et de nous transformer, aussi soudainement et discrètement que change l’atmosphère, lorsque la lumière s’évanouit au gré d’un mouvement de rideau, d’une brise à travers les arbres, ou lorsque le soleil bascule de l’autre côté de l’horizon. »

Vue de l'exposition "Apichatpong Weerasethakul - Periphery of the Night", Villeurbanne © Studio Hans Wilschut
Vue de l’exposition « Apichatpong Weerasethakul – Periphery of the Night », Villeurbanne © Studio Hans Wilschut
Crédits : Apichatpong Weerasethakul

Egalement au sommaire de La Grande Table critique :

Le coup de coeur de Corinne Rondeau pour le livre Citizens du photographe Christian Lutz (Les Presses du Réel) 

Christian Lutz propose une approche photographique saisissante des mouvements et phénomènes populistes de droite et identitaires à travers toute l’Europe, à l’heure de la crise financière et des réfugiés, du Brexit, de la pandémie de coronavirus et des bouleversements économiques et sociaux qui l’accompagnent. Le projet Citizens a été récompensé par le prix ISEM 2020.

Couverture du livre
Couverture du livre « Citizens » de Christian Lutz (Les Presses du Réel)
Crédits : Christian Lutz

« Les partis qui diffusent cette idéologie sont des oiseaux familiers, qui soudain attaquent. Ils s’inscrivent dans le paysage ; ils se logent dans les friches industrielles, dans les villes calmes et bourgeoises, dans le regard des individus. Ils sont là, dans chaque inattention de nos valeurs morales, dans chaque brèche que la peur entaille.
A terme, cette histoire sera le conte d’une Europe en prise avec elle-même et la redéfinition de ses valeurs.
Les photographies de ce livre ont été produites entre 2013 et 2020, lors de voyages en Suisse, en France, au Royaume-Uni, en Hongrie, Au Danemark, en Pologne, en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Autriche et aux Pays-Bas. » Christian Lutz





Source [ France culture ]