La crise diplomatique entre la France et deux de ses « alliés », les Etats-Unis et l’Australie, prend une nouvelle ampleur. Piétinée et humiliée après l’annulation par Canberra du contrat de fourniture de sous-marins français au profit d’un partenariat stratégique avec Washington et Londres (AUKUS), Paris ne relâche pas la pression vis-à-vis de Canberra et Washington en rappelant immédiatement ses ambassadeurs aux Etats-Unis et en Australie pour consultations, a expliqué vendredi soir le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian dans un communiqué. Une décision sans précédent de la France vis-à-vis de deux « alliés » historiques.

« A la demande du président de la République, j’ai décidé du rappel immédiat à Paris pour consultations de nos deux ambassadeurs aux Etats-Unis et en Australie. Cette décision exceptionnelle est justifiée par la gravité exceptionnelle des annonces effectuées le 15 septembre par l’Australie et les Etats-Unis », a souligné Jean-Yves Le Drian.

L’abandon du projet de sous-marins de classe océanique, qui liait l’Australie à la France depuis 2016, et l’annonce d’un nouveau partenariat avec les Etats-Unis visant à lancer des études sur une possible future coopération sur des sous-marins à propulsion nucléaire, « constituent des comportements inacceptables entre alliés et partenaires, dont les conséquences touchent à la conception même que nous nous faisons de nos alliances, de nos partenariats et de l’importance de l’Indopacifique pour l’Europe« , a souligné le ministre des Affaires étrangères.

« Nous avons été en contact étroit avec nos partenaires français à propos de leur décision de rappeler l’ambassadeur à Paris pour consultations. Nous regrettons qu’ils aient franchi ce pas, toutefois nous resteront engagés dans les jours à venir pour résoudre nos différends, comme nous l’avons fait à l’autre moments de notre longue alliance », a réagi sous couvert d’anonymat un responsable de la Maison-Blanche.

Paris n’a plus confiance en Canberra

La France ne voit pas comment elle peut faire confiance à Canberra dans la négociation commerciale entre l’UE et l’Australie après leur décision de rompre leur engagement d’acheter des sous-marins français, a déclaré vendredi le secrétaire d’État aux Affaires européennes, Clément Beaune. La Commission européenne est chargée depuis 2018 de négocier en vue d’accords de libre-échange avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

« On a des négociations commerciales avec l’Australie, je ne vois pas comment on peut faire confiance au partenaire australien », a estimé Clément Beaune lors d’une émission sur la radio RFI et les télévisions France24 et Public Sénat. « C’est une grave rupture de confiance de la part de l’Australie », a-t-il martelé. « Les relations internationales, ce n’est pas de la naïveté, des bons sentiments, mais la parole, la signature d’un contrat vaut quelque chose. Si on n’a plus confiance, on ne peut plus avancer », a-t-il insisté.