Nous avions l’habitude de voir les microbes comme des ennemis, à l’origine de beaucoup de nos maladies. Or nos microbiotes (les ensembles de microorganismes vivant dans nos organes, dont les outils de la génétique moléculaire révèlent l’incroyable diversité) nous aideraient à digérer, à respirer, et même à lutter contre les agents pathogènes. L’autrice, qui dirige une équipe de recherche à l’Inserm, inventorie les microbiotes buccodentaire, intestinal et génital et insiste sur le changement de perspective qu’impose la reconnaissance de leur rôle dans le fonctionnement quotidien de l’organisme. Ainsi, l’acquisition du microbiote de la mère (lors du cheminement dans la filière vaginale à la naissance) serait décisive pour l’acquisition de l’immunité du nouveau-né.

Finalement, santé et maladie dépendraient de l’équilibre entre tous les acteurs microbiens de l’organisme : coup de chapeau à la vision écologique contemporaine. Coup de chapeau aussi à la médecine ancienne, qui tenait qu’alimentation et mode de vie sont fondamentaux pour vivre bien et longtemps. L’intervention du microbiote nous obligerait donc à tout repenser en médecine : la prévention comme la thérapeutique, en particulier l’emploi des antibiotiques, le vieillissement comme la cancérogenèse.

Mais comment concrètement passer des recherches en cours à des recommandations au commun des mortels, bref inscrire dans l’histoire de la santé les conséquences des derniers travaux de la biologie contemporaine ? L’inventaire par l’autrice des questions associées aux microbiotes suscite un vif intérêt ; mais il ne nous convainc pas encore que la révolution de la médecine est pour demain. Peut-être pour après-demain, quand on en saura davantage.

Anne-Marie Moulin

Anne-Marie Moulin est directrice de recherche émérite du
CNRS au sein du laboratoire Sphere (CNRS, universités de Paris et Paris 1
Panthéon-Sorbonne), médecin et agrégée de philosophie, et membre de la mission
chargée par le gouvernement français d’évaluer la gestion de la crise du
Covid-19.





Source [ Pour la science ]