Dans un supermarché, à Paris, le 8 avril 2020.

Mercredi 15 septembre, à l’heure du petit déjeuner, dans la salle à manger d’une institution financière, la conversation de rentrée roulait sur l’inflation : fallait-il, oui ou non, s’inquiéter de l’accélération des prix à la consommation constatée depuis l’été ? La réponse était aussi riche en nuances que l’arôme du café qui refroidissait au fond des tasses.

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Elle pourrait se résumer ainsi : si l’inflation est un phénomène plutôt rassurant aux yeux des économistes, puisqu’elle met de l’huile dans les rouages de la reprise, elle peut être perçue moins positivement par les ménages, qui voient leur pouvoir d’achat menacé. Et suscite, dès lors, une réaction plus inquiète sur le plan économique et social, comme en atteste la réactivité de l’exécutif à annoncer, dès jeudi, un chèque énergie exceptionnel qui bénéficiera à près de six millions de Français.

« Pour les personnes qui avaient des revenus constants, l’inflation se traduit bien par une amputation du pouvoir d’achat » Alain Trannoy, économiste

« Il faut se souvenir qu’avant la pandémie [de Covid-19], on a plusieurs années d’inflation très basse, à tel point que les banques centrales s’en inquiétaient, rappelle l’économiste Alain Trannoy, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Le fait qu’on revienne aujourd’hui, en sortie de crise du Covid, aux alentours de 2 % de taux d’inflation, ce qui est l’objectif de la BCE, est donc une très bonne chose. Mais, pour les personnes qui avaient des revenus constants, comme les retraités, l’inflation se traduit bien par une amputation du pouvoir d’achat. »

Une amputation qui peut être d’autant plus significative que les hausses de prix touchent principalement des produits de première nécessité que sont l’énergie et les produits alimentaires. Circonstance aggravante, plus les ménages sont modestes, plus ces produits pèsent lourd, proportionnellement, dans le portefeuille : « L’alimentation représente 12 % environ du budget d’un ménage aisé, mais ce ratio peut doubler pour les plus modestes, confirme M. Trannoy, d’où une baisse de pouvoir d’achat plus élevée. »

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Le raisonnement est identique pour l’énergie. Les retraités qui vivent en zone rurale et qui se chauffent au fioul sont beaucoup plus touchés qu’un cadre citadin vivant dans un appartement bien isolé. A cet égard, le « chèque énergie » apparaît comme une « bonne mesure » aux yeux de l’économiste, qui estime qu’il vaut mieux « prévenir que guérir ».

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Source [ Le monde ]