Selon l’association ARDP (Assistance et recherche de Personnes disparues), il y aurait en France, chaque année, plus de 10 000 disparitions non élucidées, classées inquiétantes. Comment les proches des disparus font-ils face à ce drame ? Comment organiser les recherches lorsque tombe sur soi la douleur de l’absence ? M. Terrak, atteint de la maladie d’Alzheimer, a disparu soudainement ; depuis, son fils, Hisham, mène l’enquête : il nous raconte sa recherche, les affichages dans la rue et les jours à arpenter Paris.

La recherche d’un père

Quand on recherche quelqu’un qui peut être dans la rue ou peut être quelque part, on fait les foyers sociaux, on fait toutes les soupes populaires, on fait les endroits où les SDF dorment, où les réfugiés dorment. On découvre Paris totalement, différemment. Certains sont dans la rue et on se dit que peut être, mon père est là aussi.  

Pour l’aider dans sa recherche et faire connaître son histoire, Hisham décide de créer une page Facebook. Rapidement, les signalements se multiplient.

La page Facebook, en fait, c’était pour que les gens sachent un petit peu plus ce qui m’arrive, enfin ce qui arrive à mon père surtout, avant de m’arriver à moi, et que ça puisse se diffuser. On connaît aujourd’hui la puissance des réseaux sociaux, et c’est vrai que pour une bêtise, ça peut faire le tour du monde. Donc je me suis dit,  » Bah pourquoi pas pour mon père ? Pourquoi pas pour la recherche d’une personne ? » J’ai eu beaucoup plus de signalements grâce à la page Facebook et, alors que j’habite à Paris, ça n’a pas touché que des gens de Paris. Alors clairement, j’ai eu des appels du Maroc, d’Algérie, de Tunisie. J’ai eu des gens, même du Canada qui m’ont contacté. Il faut faire attention s’il y a des gens qui ne connaissent pas mon père et qui pensent l’avoir vu, et certains m’ont affirmé l’avoir vu.  

La disparition bouleverse radicalement son quotidien et l’obsession de la recherche le transfigure.

Pendant cinq mois, j’étais vraiment un fantôme à la maison. Mais quand je dis le terme fantôme c’est vrai.  Je me suis saigné. Je continuerai à me saigner pour mon père. Mais cette fois ci, je me sens différemment. On doit essayer de se gérer, parce que c’est vrai que, si on s’arrête, on s’isole. L’espoir, ensuite, s’amenuise. On ne croit plus en rien, finalement. Et après, on continue et on reprend le chemin du travail, on reprend le chemin du sport, on reprend le chemin de la maison. Et on y pense toujours. On ne s’arrête jamais d’y penser

Le retour du fils prodigue

Le 30 mai 2010, Gregory, alors qu’il vivait chez sa mère, disparaît. Le premier soir d’absence, sa mère, supposant une soirée avec des amis, ne s’inquiète pas. Mais le troisième soir, ne recevant toujours pas de nouvelles, elle contacte la police. S’ensuit alors une intense recherche, qui l’amène à la gare de l’Est où le portable  de son fils avait émis une dernière fois. Mais elle ne l’y trouve pas. Lentement l’espoir la quitte et elle envisage le pire. 

J’ai pensé qu’il s’était suicidé. Parce que ce n’était pas dans son tempérament, on était bien, on avait de bons rapports, donc je ne pensais pas qu’il m’aurait laissé sans nouvelles comme ça. Pour moi, c’était insupportable. Je crois que c’est la pire des choses : d’être sans nouvelles, ne pas savoir. À ce moment là, il y avait beaucoup de gens qui se faisaient séquestrer aussi. Alors ça, ça passe par la tête aussi. Et puis, j’ai pensé qu’il pouvait être mort, s’être fait attaquer.

Elle exprime la douleur de l’ignorance et raconte ainsi comment sa recherche prend la forme d’une errance dans les rues de la ville.

C’est très, très dur à vivre. Je ne souhaite à personne parce que c’est très, très dur à vivre. C’est insupportable. Personne n’avait de ses nouvelles. Même ses copains,  il s’était fondu dans la nature comme qu’on peut disparaître.

Jusqu’au jour où, soudainement, elle reçoit un étrange message… 





Source [ France culture ]