De quoi s’agit-il ? De la très grande difficulté ou de l’incapacité à utiliser les outils numériques. Une fracture silencieuse et considérablement renforcée par la crise sanitaire. Durant laquelle nombre de guichets physiques ont été fermés, de rendez-vous ajournés, d’accompagnements entravés. Et où le numérique est apparu comme l’ultime recours pour travailler, se former, être parmi les autres, avoir accès aux soins et à ses droits. Pour se divertir, aussi. Alors, pour mieux comprendre ce phénomène, Marie COHEN-SKALLI, co-directrice d’Emmaüs Connect, une association qui agit depuis 2013 pour réduire la fracture numérique, nous décrits les singularités des publics qu’elle accompagne.

Alors, comme l’explique Marie COHEN-SKALLI, les personnes en situation de précarité et les personnes âgées sont particulièrement touchées. Mais l’illectronisme concerne également les jeunes. En effet, 12 % d’entre eux se disent mal à l’aise avec les outils du numérique. Et si la majorité sait par exemple se servir d’applications comme Instagram, TikTok ou SnapChat, certains d’entre eux peinent parfois à utiliser Word ou PowerPoint. Car la familiarisation avec le numérique s’est faite via un téléphone, plutôt que grâce à un ordinateur. Autre public fragilisé : les personnes réfugiées, qui parfois maîtrisent mal le français, et pour qui un accompagnement humain et direct est nécessaire, pour entreprendre par exemple des démarches administratives. Face à cela, de nombreuses associations et start-ups sont nées, partout sur le territoire national, ou ont créé des branches dédiées. La co-directrice d’Emmaüs Connect nous explique ainsi l’étendue de ses missions et les objectifs qu’elle se fixe.

Autre exemple, mis en lumière par le journal Le Monde. La mission locale de Toulouse, qui triple cette année le nombre de ses ateliers visant à lutter contre l’illectronisme, accompagne chaque année… près de 700 jeunes de 16 à 25 ans. Alors, l’Etat aussi est passé à l’action. Il a lancé, par exemple, un passe numérique, pour permettre aux personnes précaires de bénéficier gratuitement de cours d’informatique. Par ailleurs, le plan de relance attribue 250 millions d’euros en faveur de l’inclusion numérique. Pour déployer notamment 4 000 conseillers numériques visant à former les publics. Et pour soutenir les acteurs qui fournissent des solutions d’accompagnement dans ce domaine.

Malgré tout, la tache reste encore grande pour lutter contre l’illectronisme.  ,Et l’un des enjeux premiers est ce qu’on appelle cette fois l’abandonnisme.  Qui frappe les personnes, en particulier des adultes, baissant les bras face aux difficultés informatiques et numériques qu’ils rencontrent. Alors bien sûr, personne ne devrait être contraint d’embrasser la Transition numérique. L’injonction à s’adapter, à se transformer, à sauter à pieds joints dans le cours des grandes transformations est, elle, un autre fléau. Mais parce que l’illectronisme est presque toujours subi, et parce qu’il exclut plus que jamais, la mobilisation entreprise demeure indispensable.





Source [ France culture ]