Quand elle s’installe devant son écran en travail à distance, Faustine, employée comme analyste dans l’assurance, écrit à chacun de ses collègues un « hello », suivi d’un émoji, comme elle ferait le tour du service en serrant des mains. Pour son chef, elle préfère un plus formel « bonjour » et parle directement de ses objectifs de la journée. Auprès de lui, elle soigne particulièrement son langage et relit son orthographe systématiquement.

Car elle sait que son manageur interprétera chacune de ses formulations, comme ses camarades de bureau virtuel, d’ailleurs. Microsoft Teams, l’application de messagerie qu’elle utilise, a modifié son rapport à l’écrit. En usant son clavier, qui porte les traces de ses doigts, elle a dû apprendre de nouveaux codes, voire un nouveau langage, qui se situe entre l’oralité et l’expression écrite.

La banalisation du télétravail a conduit à une augmentation et à une diversification importante de l’écrit, que ce soit les courriels, l’utilisation de messageries instantanées, les SMS professionnels ou les comptes rendus. Un changement qui s’accompagne d’une demande supplémentaire de formation.

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« Depuis quelques mois, un tabou se lève avec des lacunes à l’écrit de plus en plus visibles et des stratégies d’évitement plus difficiles à appliquer, explique Marie Planchon, gérante de Orthogagne, une entreprise de formation en orthographe. En soignant son message, l’expéditeur témoigne de l’importance qu’il accorde à son destinataire, qui aura moins de difficultés à décoder son message. » Son conseil : relire les phrases de bas en haut afin de se concentrer sur la grammaire et l’orthographe et non sur le sens du discours.

Remplacer l’informel

Pour masquer un manque de maîtrise de l’orthographe voire du français, ou par peur de déranger, certains ont pris l’habitude de téléphoner. Mais la pratique agace, alors que les applications de messagerie se multiplient, promettant une lecture quasi instantanée et une réponse rapide, en fonction du degré d’importance. Sur des groupes WhatsApp consacrés au travail ou sur des canaux de diffusion type Slack, le message participe d’un flux, du plus récent au plus ancien, avec ses propres codes : par exemple, sur ces applications, un point en fin de phrase est parfois interprété comme un signe d’agacement.

Ainsi, loin de la formalité du mail, « les conversations de couloir se sont transformées en flux continu sur des groupes de discussion en tout genre, où l’écrit tente de remplacer en partie la communication non verbale avec l’usage du smiley », pointe Xavier North, ancien délégué à la langue française du ministère de la culture et auteur d’un guide de bonnes pratiques linguistiques dans les entreprises. Un petit visage chargé d’une émotion permet de donner le ton de la phrase et d’éviter l’interprétation, car « la hantise du télétravail, c’est le malentendu », assure le linguiste.

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Source [ Le monde ]