A priori, c’est plutôt une bonne nouvelle pour les propriétaires de voitures électriques, surtout s’ils sont des habitués des longs trajets. Fin juillet, Elon Musk a fait savoir qu’à partir de la fin de cette année les Superchargeurs, des bornes de recharge rapide jusqu’alors réservées aux Tesla, commenceraient à devenir accessibles à des véhicules d’autres marques. L’annonce, en revanche, ne fait pas l’unanimité parmi les fidèles de la marque californienne.

Depuis l’apparition des premières bornes, en 2013, les Superchargeurs se sont imposés comme le premier réseau de recharge rapide à travers le monde. Alors que le maillage public était quasi inexistant, particulièrement aux Etats-Unis, ce service de recharge a largement contribué au démarrage puis à l’essor de la marque. Aujourd’hui, il se compose de 25 000 bornes à travers le monde, réparties en 2 700 stations. En France, il est possible de se ravitailler dans près de 100 stations regroupant un millier de terminaux capables de délivrer une forte puissance, comprise, selon l’équipement, entre 150 et 250 kilowatts. De quoi permettre aux conducteurs des Tesla, qui tolèrent des charges élevées, d’obtenir en à peine plus d’une demi-heure quelque 300 kilomètres d’autonomie.

Pour la première fois, certains ont dû attendre leur tour avant de mettre leur véhicule en charge

D’abord mis gratuitement à disposition (privilège que conservent les clients les plus anciens de Model S et Model X), ce réseau privé bénéficiant d’une bonne réputation de fiabilité a sécurisé les trajets à bord de ces voitures électriques tout en jouant le rôle de point de rencontre de la communauté Tesla. Or le succès de la marque est tel (13 000 Model 3 ont été commercialisées en France depuis le début de l’année) que, malgré l’extension du réseau et le passage de 8 à 10 bornes par site, des goulots d’étranglement sont ponctuellement apparus sur quelques Superchargeurs. Le point de saturation est encore loin mais, pour la première fois, certains ont dû attendre leur tour avant de mettre leur véhicule en charge.

« Une grosse erreur »

Aussi, l’annonce d’une ouverture des Superchargeurs au public a suscité nombre de réactions hostiles dans les rangs des fans de Tesla qui voient se dessiner la fin d’une époque marquée par un tranquille entre-soi. « La marque se tire une balle dans le pied », « c’est une grosse erreur », « ceux qui réclament l’ouverture à tous n’ont qu’à s’acheter une Tesla », « on va voir des Renault Zoe occuper des bornes pendant des heures à cause de leur moindre capacité de charge » peut-on lire, entre autres lamentations, sur les forums spécialisés. « Je suis un peu inquiet face à cette perspective qui remet en cause un certain confort d’utilisation, mais je veux croire que la marque ne va pas saborder son réseau et décidera de différencier ses tarifs », tempère Vincent Claveau, fondateur du Tesla Owners Club France.

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Selon les quelques indications fournies par Elon Musk, les clients extérieurs à la marque vont devoir télécharger l’application Tesla et intégrer un moyen de paiement avant de s’identifier devant la borne. Aucune information sur la tarification n’a été fournie mais on peut imaginer que celle-ci sera modulée – c’est déjà en partie le cas sur les Superchargeurs dont le prix du kilowattheure peut varier entre 0,34 et 0,37 euro – selon l’encombrement des bornes et l’origine des clients.

Si l’on en juge par les prix pratiqués par le réseau Ionity (72 implantations en France pour 400 bornes à haut débit réparties sur les autoroutes), on peut s’attendre à des tarifs salés. Ce consortium fondé par le groupe Volkswagen avec Mercedes, BMW, Ford et Hyundai facture aux véhicules des autres marques 0,79 euro pour chaque minute de recharge. Ses membres peuvent s’acquitter d’un montant nettement inférieur (à partir de 0,29 euro dans le cadre d’une formule d’abonnement).

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En ouvrant son réseau, Tesla pourrait réaliser une très bonne opération et transformer ses Superchargeurs en une redoutable machine à cash, d’autant que ceux-ci sont implantés sur des lieux stratégiques, très fréquentés. Selon une estimation de Goldman Sachs, leur chiffre d’affaires global pourrait atteindre 958 millions de dollars (800 millions d’euros) par an dans la configuration actuelle du réseau, et bien plus si la marque implantait de nouvelles bornes, en particulier sur les autoroutes. Tesla, fournisseur d’énergie ? A vrai dire, ce ne serait pas tout à fait une nouveauté. Désormais un constructeur automobile n’est plus seulement un fabricant de voitures ; la marque californienne commercialise déjà des tuiles solaires et des batteries domestiques.



Source [ Le monde ]