Au nombre de quatre – deux sur la mâchoire du haut, deux en bas – les dents de sagesse apparaissent en général entre 18 et 24 ans. Ce sont nos troisièmes et dernières molaires, les premières poussant à l’âge de 6 ans et les deuxièmes à 12 ans.

Dans le meilleur des cas, ces nouvelles dents trouvent leur place sans difficulté. Mais, le processus peut être pénible ou douloureux chez certaines personnes. « Les gènes qui commandent la taille des dents ne sont pas associés aux gènes qui gouvernent la taille de la mâchoire. C’est donc un peu aléatoire », reconnaît le Pr Jacques-Henri Torrès, président de la Société française de chirurgie orale. 

Faut-il enlever les dents de sagesse de manière préventive ?

Les dents de sagesse poussent à la fin de l’adolescence, à une période où chacun se préoccupe du bon alignement de sa denture. Dans ce contexte, il paraîtrait logique de les enlever pour « faire de la place » et éviter que les autres dents se chevauchent. Pourtant, contrairement à une idée reçue, les dents de sagesse – à condition de pousser normalement – n’exercent pas de pression significative sur les autres.

« C’est un mythe ! assure le Pr Torrès. De nombreuses expériences ont montré que les dents de sagesse ne jouent aucun rôle dans l’alignement des incisives. Ce qui conditionne cet alignement, c’est un équilibre musculaire entre la sangle labiale à l’extérieur de la bouche et la langue à l’intérieur », souligne le Pr Torrès.

« Leur ablation préventive pour des raisons esthétiques est donc infondée », ajoute le spécialiste.

Dents de sagesse : quand faut-il les enlever ?

Comme pour toutes les autres dents, un chirurgien-dentiste peut être amené à supprimer une ou plusieurs de ces molaires, voire les quatre, si elles sont mal positionnées ce qui, selon le Pr Torrès, « peut provoquer des caries et/ou des résorptions radiculaires de la deuxième molaire ». 

Par ailleurs, lors de l’arrivée des dents de sagesse, il arrive que des bactéries colonisent le sac qui entoure la couronne de la dent. C’est la «péricoronarite», douloureuse et très fréquente chez les jeunes adultes. 

Quel est le meilleur moment pour se faire opérer ?

Pour guérir ou prévenir ces complications infectieuses, il est parfois nécessaire de retirer la dent de sagesse. « Mais il vaut mieux le faire au bon moment, c’est-à-dire lorsque la dent apparaît, la période idéale se situant entre 17 et 20 ans », précise le Pr Torrès. À ce stade, le ligament qui relie la dent à l’arcade est encore lâche et les racines ne sont pas totalement édifiées. Il est donc plus facile de la retirer sans prendre le risque de léser un nerf à proximité.   

L’opération peut se dérouler au cabinet du chirurgien-dentiste ou en clinique auprès d’un spécialiste en chirurgie orale, si l’intervention se fait sous anesthésie générale. 

À l’aide d’un levier, le praticien va pousser la dent vers l’arrière, en suivant sa courbure naturelle. Lorsqu’elle est incluse (elle n’a pas poussé normalement), il doit soulever la gencive et dégager l’os. Il est parfois nécessaire de séparer la couronne des racines pour, ensuite, les enlever. 

Une anesthésie locale ou générale est indispensable. « Le choix se fait en fonction des souhaits du patient et des habitudes du praticien », observe le Pr Torrès. 

L’anesthésie générale se passe obligatoirement en clinique, le plus souvent en ambulatoire : le patient sort le jour même. 

Il existe une option intermédiaire entre l’anesthésie locale et l’anesthésie générale : la sédation intraveineuse, dans laquelle le patient n’est pas intubé. 

Enfin, certains cabinets dentaires proposent une technique proche de l’anesthésie générale, en faisant inhaler au patient un mélange de protoxyde d’azote et d’oxygène (MEOPA).  

Les antibiotiques ne sont pas systématiques

La prise d’antibiotiques n’est recommandée que dans le cas des dents de sagesse incluses. « Dans ce cas, on donne un flash d’antibiotiques, c’est-à-dire une dose unique, dans l’heure qui précède l’intervention », explique le Pr Torrès. 

Après l’opération, les joues vont-elles gonfler ?

« La joue n’est pas forcément gonflée, remarque le spécialiste. La tuméfaction n’apparaît que si le praticien a décollé la muqueuse autour de la dent. Dans ce cas, le gonflement peut être important ». Celui-ci atteint son maximum au bout de deux jours. Il régresse ensuite en huit-dix jours. Cette tuméfaction post-opératoire concerne davantage les dents de sagesse du bas.

Comment éviter le gonflement ?

En prévention, on donne des médicaments anti-inflammatoires (corticoïdes) par voie orale au-moins 4 heures avant l’intervention. Ces médicaments sont à prendre le matin (pris le soir, ils peuvent gêner l’endormissement). Si l’intervention est prévue en matinée, on commence le traitement la veille. 

Après l’ablation des dents de sagesse, il est fréquent d’avoir mal. « La douleur post-opératoire est à son maximum 8 heures après et elle diminue en quatre-cinq jours », précise le Pr Torrès. Pour soulager le patient, c’est généralement du paracétamol (éventuellement codéiné) qui est prescrit.

Cette douleur peut être anticipée en prenant ces médicaments antalgiques juste avant l’opération.« De cette façon, lorsque le produit anesthésique va se dissiper, l’antalgique sera disponible dans le sang », explique le Pr Torrès. 

Peut-on manger normalement après une opération des dents de sagesse ?

Il est parfois difficile d’ouvrir complètement la bouche après l’opération. Ce «trismus» est plus ou moins gênant pendant cinq à six jours. Certaines personnes doivent adapter leur alimentation et évitent de mâcher des aliments durs. 

Quelles sont les complications possibles ?

Comme toute intervention chirurgicale, il existe un risque infectieux et hémorragique.

La douleur est une complication très fréquente. Deux situations classiques :

  • L’alvéolite est une douleur sourde qui survient trois à quatre jours après l’intervention. Le trou laissé par l’extraction ne s’est pas correctement refermé. « Cette alvéolite n’est pas grave mais elle est très fréquente, assure le Pr Torrès. Elle ne se traite pas avec des antibiotiques, mais avec un traitement local : de l’eugénol (un extrait d’huile essentielle de clou de girofle) qui est introduit sur une mèche. La douleur cède immédiatement mais on doit changer régulièrement la mèche pendant quelques jours. »
  • La cellulite (ou l’abcès) du 21e jour. Une douleur importante et un gonflement se manifestent trois semaines après l’ablation d’une dent de sagesse incluse sur la mâchoire du bas. Un abcès s’est formé sous la muqueuse. Là encore, les antibiotiques ne sont pas nécessaires. « Il faut inciser, évacuer le pus, rincer à l’aide d’un antiseptique et mettre en place un drain », explique le Pr Torrès.

La lésion d’un nerf est une autre complication spécifique à l’opération des dents de sagesse du bas. Le problème survient lorsque la racine de la dent est profonde et se trouve à proximité du nerf alvéolaire inférieur qui commande la sensibilité de la lèvre inférieure, ou du nerf lingual dont dépend la sensibilité de la langue.

« Ces complications nerveuses sont assez fréquentes, assure le Pr Torrès. Elles cicatrisent plus ou moins bien selon les cas. Dans un premier temps, on peut donner des corticoïdes pour limiter l’inflammation qui aggraverait le pronostic de la perte de sensibilité. »

Pour éviter que la douleur liée à cette lésion nerveuse devienne chronique, il est parfois nécessaire de prescrire un traitement spécifique. Certains médicaments habituellement indiqués en cas d’épilepsie sont efficaces.

Peut-on se passer de dents de sagesse ?

Il est tout à fait possible de mâcher et de manger normalement sans avoir de dents de sagesse. Néanmoins, les supprimer n’est pas anodin. Il peut y avoir des conséquences à long terme, auxquelles on ne pense pas forcément lorsque la question de leur ablation se pose. « On peut se passer de dents de sagesse, mais s’il arrive au cours de la vie que l’on perde une ou deux molaires, cariées par exemple, il est utile d’avoir des dents de sagesse pour servir de pilier à un bridge », souligne le Pr Torrès. 

Ces dents de sagesse peuvent également être transplantées à la place de la dent de six ans, située deux crans avant. « Cette molaire est la plus ancienne de l’arcade. C’est aussi la dent la plus souvent cariée. La transplantation d’une dent de sagesse marche très bien sur une personne jeune. Cette dent transplantée pourra ensuite, si jamais elle était elle-même perdue, être remplacée par un implant puisqu’on aura conservé l’os. » Malgré leur mauvaise réputation, ces dents ont donc leur importance. 



Source [ Sante magazine ]