Parmi l’ensemble des modèles de simulation globale de notre climat, même les chercheurs peinent à choisir lequel devrait le plus retenir notre attention. Mais des données de plus en plus précises et complètes sur l’évolution de la température des océans du monde semblent aujourd’hui en mesure d’aider à réduire la fourchette.

Si je vous dis réchauffement climatique et océan, vous pensez probablement très vite à la montée du niveau des eaux que les scientifiques nous annoncent. Mais entre réchauffement climatique et océan, le lien est en réalité un peu plus étroit. Et des chercheurs de l’université de Nouvelle-Galles du Sud (Australie) nous montrent aujourd’hui comment une mesure précise de la température de l’océan peut nous aider à déterminer la modélisation climatique à laquelle nous devrions porter le plus d’attention.

Car les températures à la surface de la terre et dans les airs ne racontent qu’une partie de l’histoire de notre climat. « Plus de 90 % de l’énergie piégée par les gaz à effet de serre (GES) est stockée dans l’océan et seulement 1 % dans l’atmosphère qui se réchauffe », précise John Church, chercheur, dans un communiqué de l’université de Nouvelle-Galles du Sud. Ainsi, si au cours des dernières décennies, les températures ont relativement peu augmenté, l’océan, lui, a absorbé de la chaleur.

Pour comprendre à quel point, les chercheurs ont analysé les données renvoyées par les flotteurs Argo. Ces instruments sous-marins autonomes mesurent la pression, la salinité et la température de l’eau de mer. Plus de 3.500 de ces flotteurs sont aujourd’hui dispersés dans le monde. De quoi offrir aux chercheurs à la fois une précision importante dans les mesures et une couverture des plus complètes. Une surveillance en temps réel des océans de la planète là où les travaux des chercheurs se limitaient auparavant à des mesures ponctuelles réalisées par des navires de recherche.

Des mesures plus précises, mais toujours la même conclusion

Les scientifiques se sont attachés à comparer les mesures effectuées par les flotteurs Argo avec les projections proposées par les modèles climatiques. Résultat : les modèles qui prévoient, d’ici 2100, une absorption de chaleur faible par les océans semblent en désaccord avec les données réelles. Mais les modèles qui, à l’inverse, prévoient une absorption très importante ne correspondent pas mieux. Ainsi, les modèles de la simulation globale du climat CMIP5 – comprenez Coupled Model Intercomparision Project 5 – semblent mieux correspondre aux observations Argo que les 28 modèles plus récents de la simulation CMIP6. Globalement, les résultats des chercheurs de l’université de Nouvelle-Galles du Sud limitent la fourchette probable des projections à 17 % de celle présentée dans le sixième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).

« Même si nous réduisons nos émissions de gaz à effet de serre suffisamment pour limiter le réchauffement climatique anthropique à 2 °C au-dessus des valeurs préindustrielles, les océans devraient encore se réchauffer d’ici 2100 de cinq à neuf fois plus que le réchauffement mesuré par les flotteurs Argo entre 2005 et 2019. Le niveau de la mer augmentera de 8 à 14 centimètres rien que du fait de la dilatation de l’eau sous l’effet de la température », indique John Church.

Si aucun effort n’est fait pour limiter nos émissions de GES, les océans devraient se réchauffer de onze à quinze fois le réchauffement déjà observé. Et le niveau de la mer augmenter de 17 à 26 centimètres. Plus encore en tenant compte de la fonte des glaces. « Avec le temps, nous augmenterons encore la précision de nos mesures et nous resserrerons encore la fourchette des projections. Mais nos résultats d’aujourd’hui montrent déjà à quel point il est urgent d’agir de manière significative sur nos émissions de gaz à effet de serre si nous voulons éviter la catastrophe », conclut John Church.

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Source [ Fututa science ]