Le tribunal de commerce de Brive-la-Gaillarde vient de condamner l’application à verser 20.000 euros de dommages et intérêts aux saucissons Auvernou.

La bataille juridique entre les charcutiers et l’application qui permet aux consommateurs d’évaluer la qualité de leurs produits connaît un nouveau rebondissement. Ce vendredi, les mini-saucissons Auvernou, distribués par Le Mont de la Coste, ont eu raison de Yuka, condamnée par le tribunal de Brive-la-Gaillarde à 20.000 euros de dommages et intérêts pour «dénigrement» des produits contenant des nitrites.

Acculée par trois plaintes successives de sociétés charcutières, l’application est accusée de tromper le consommateur en dénigrant les produits à base d’additifs nitrés, largement utilisés en charcuterie. De son côté Yuka, qui permet aux consommateurs de scanner les codes-barres des aliments pour évaluer leur composition, défend son rôle d’information et accuse l’industrie charcutière de protéger ses enjeux financiers. Le tribunal de commerce de Brive a rendu sa décision ce vendredi matin : l’application est condamnée pour «pratiques commerciales déloyales, trompeuses, et actes de dénigrement dans la diffusion d’informations sur les additifs nitrés». Yuka a décidé de faire appel de cette décision.

Trois procédures en cours

Yuka n’en est pas à sa première condamnation. Le 13 septembre, le tribunal d’Aix-en-Provence a condamné l’application a payé 25.000 euros de dommages et intérêts au spécialiste du jambon cuit ABC Industrie qui estimait que ses produits avaient été dénigrés par le service consommateur. Les deux sociétés qui ont assigné Yuka en justice en juin dernier sont membres de la Fédération française des industriels charcutiers traiteurs (FICT), le troisième plaignant à avoir fait condamner l’application en mai 2021 pour les mêmes raisons.

L’application combat fermement les additifs à base de nitrites, cet antioxydant utilisé en charcuterie comme conservateur et à l’origine de cette couleur rose qu’on lui connaît bien. Décrié comme une substance «cancérigène probable» par le centre de recherche sur le cancer de l’OMS, l’additif fait l’objet de nombreux débats sur les risques qu’il comporte pour la santé. Un rapport d’informations parlementaires a d’ailleurs été publié en janvier 2021 pour dénoncer ces additifs controversés. Allié à l’association Foodwatch et la Ligue contre le cancer, Yuka a mis en avant une pétition depuis l’application visant à retirer les nitrites ajoutés de la charcuterie industrielle, une pratique jugée dénigrante par les industriels et bloquant l’achat du produit.

Du côté de la FICT, «il n’y a pas de risque si la consommation est raisonnable», défend le président Bernard Vallat. Le président rappelle que la réglementation européenne fixe une dose d’incorporation maximum de 150 mg de nitrites par kilo de charcuterie, soit trois tranches de jambon par semaine. Mais 68 % des Français dépassent la quantité maximum de charcuterie recommandée par Santé publique France», avance Julie Chapon, la fondatrice de Yuka. «Le fait qu’une substance soit autorisée ne veut pas dire qu’elle est bonne pour santé», défend-elle. «Les industriels et les pouvoirs publics ont le devoir d’interdire des substances comme celle-ci et appliquer un principe de précaution».

Pour l’heure, l’application est contrainte de retirer le lien de la pétition de son application et la mention de l’avis de l’OMS dans les indications produits, faute de base factuelle jugée «insuffisante» par le tribunal de Brive. En revanche, «notre système de notation n’est pas remis en cause, les nitrites restent affichés en rouges avec un malus de 30 points», constate Julie Chapon. L’application a décidé de faire appel des trois procédures, affaire à suivre…



Source [Le figaro ]