Depuis quatre ans, toutes les initiatives pour simplifier le millefeuille administratif du Grand Paris ont échoué. Le prochain (ou la prochaine) président de la République fera-t-il mieux ?

Pour Olivier Tyl, président de la chambre des notaires de Versailles, « la gouvernance de la métropole est complexe et peu lisible. C’est devenu un « deux mille feuilles » territorial ». Absence de vision, manque de légitimité des institutions : personne ne semble porter la stratégie de l’intercommunalité francilienne aux 131 communes. « Le pouvoir du droit des sols appartient aux maires. Mais souvent, ils manquent de moyens » regrette Olivier Tyl.

Le député LREM de Paris Pacôme Rupin est, lui, l’auteur d’une proposition de loi visant à engager une réforme institutionnelle du Grand Paris : « il faut absolument simplifier ce millefeuille qui pose un problème démocratique, d’impuissance publique et d’incarnation. La première étape consisterait à supprimer la métropole du Grand Paris ». Le député préfère l’échelle régionale, qu’il voudrait renforcer.

60.000 nouveaux habitants chaque année en Île-de-France

« Comment accueillir les 60 000 nouveaux habitants qui arrivent chaque année dans la région capitale ? » relève d’ailleurs Alexandra Dublanche, vice-présidente du conseil régional d’Île-de-France chargée de la Relance, de l’Attractivité, du Développement économique et de l’Innovation. Par ailleurs, la compétition entre grandes villes, elle, n’est pas régionale, mais européenne et mondiale. L’agence Choose Paris Region, qui cherche à attirer les entreprises étrangères sur le sol francilien, est en concurrence avec ses homologues de Berlin, Madrid ou Barcelone.

« Quand on voit les cinq échelons administratifs, ça peut faire peur aux investisseurs. Nous avons 30 fois plus de collectivités par habitant que dans le Grand Londres ! » rappelle-t-elle.

« Pas de raison de nous opposer à la région ! » (Eric Cesari, MGP)

Pour Eric Cesari, vice-président délégué à la stratégie et aux partenariats institutionnels de la Métropole du Grand Paris : « il n’y pas de raison de nous opposer à la région. Il faut repartir du point de départ : à quoi sert une métropole ? Si on n’y répond pas, c’est le foutoir. Sur le logement, par exemple, tout le monde a une compétence ». Pour lui, la problématique principale, c’est le traitement de la zone dense, une règle mondiale.

« Nous avons perdu cinq ans dans l’organisation du territoire de la capitale de la France ! Et ce n’est pas rien, car c’est la seule qui peut rivaliser avec les autres capitales mondiales ».

Pacôme Rupin lui, veut créer « une métropole à la française » dans laquelle seraient intégrés les sujets de ruralité, du périurbain, des transports. Sur ce sujet brûlant, Olivier Tyl se demande « si l’Etat ne devrait pas avoir un rôle particulier » ce qui est déjà le cas pour le Grand Paris Express, seul projet structurant en cours selon Pacôme Rupin. Le président de la chambre des notaires de Versailles évoque aussi le cas de maires qui n’ont pas les moyens de se payer des opérations immobilières qui demandent des infrastructures publiques (crèches, écoles) : « le fléchage de la fiscalité et des subventions est une vraie question ».

 « Un sujet traité après la présidentielle » (Pacôme Rupin)

Pour Alexandra Dublanche, l’État devrait décentraliser davantage. Le projet de loi 3DS (différenciation, décentralisation, déconcentration et simplification) voté par les sénateurs le 21 juillet, qui ont renforcé au passage les prérogatives des conférences territoriales de l’action publique (CTAP), ne sera pas le véhicule législatif qui permettra de transformer la gouvernance du grand Paris : « on m’a très clairement dit que ce sera un sujet traité après la présidentielle » précise Pacôme Rupin, qui veut « donner de la lisibilité aux citoyens, pour qu’ils comprennent ce que font les personnes pour qui ils votent ».

Selon Éric Cesari, le problème, en France, c’est qu’on ne sait pas supprimer les strates administratives. Après les communautés de communes et d’agglomérations sont arrivés en 2016 les établissements publics territoriaux (EPT) : « l’Etat n’a pas consulté les maires et a découpé les EPT comme il le voulait. Le premier problème de la Métropole, ce sont les finances publiques. Le deuxième, c’est qu’il faut accepter de supprimer certaines collectivités ».

Un big bang bénéfique pour le pays tout entier ?

Comment réenchanter ce Grand Paris qui a du mal à émerger ? « Pas avec des réformes institutionnelles. La véritable vision, c’est le Grand Paris Express, un métro moderne qui va enfin desservir le Grand Paris » estime Pacôme Rupin. Olivier Tyl, lui, veut « que l’on sache qui fait quoi, et que ceux qui ont une mission aient les moyens de l’accomplir ». Alexandra Dublanche souhaite « un vrai big bang de simplification qui sera bénéfique pour tous et le pays tout entier ». Conclusion par le représentant de la Métropole Éric Césari : « il faut des projets fédérateurs qui provoquent l’adhésion de la population, comme le Grand Paris Express. Mais il manque un élément dans l’équation : la gestion des espaces autour des 68 nouvelles gares ».

Replay du débat « A quand un big bang dans le Grand Paris ? »

« Quand on possède une ville-monde, il faut la chouchouter ! » (L. Alexandre)

En attendant le big bang, quelles sont les raisons qui pourraient « planter » ce projet du Grand Paris ? Laurent Alexandre, cofondateur de Doctissimo, président de DNA Vision, scientifique iconoclaste et actionnaire de La Tribune rappelle que les villes-mondes n’ont pas forcément une vie éternelle : « il y a deux mille ans, Rome tutoie le million d’habitants. Après les trois sacs de la cité au cinquième siècle, elle s’effondre et ne compte plus que 17 000 habitants. Quand on possède une ville-monde, et la France a cette chance, il faut la chouchouter. C’est un atout géopolitique extraordinaire ! ». L’entrepreneur regrette d’ailleurs qu’on ait plus parlé durant cette journée « de fabrication de poutre en paille et de circuits verts que de technologie ».

L’Île-de-France, qui concentre une part significative de la recherche française doit être soutenue, surtout ses facultés « dont certaines font honte ». L’économiste Nicolas Bouzou regrette lui qu’on n’ait pas réussi à faire un Grand Paris comparable au Great London ou au Great Manchester. D’accord avec Laurent Alexandre, il pense que « c’est la puissance technologique qui donne la puissance économique qui va donner la puissance géopolitique ». Il réclame une vision stratégique, et surtout des moyens de la faire appliquer. « Pour que ça marche, il faut tout faire à la fois : la technologie, l’université, les transports, l’urbanisme sans oublier la sécurité ».

Pour Laurent Alexandre, Paris est la seule ville-monde de l’Union Européenne et doit « monter en gamme sur le plan technologique ». Faut-il voir plus haut pour Paris, dont les habitants n’apprécient pas les immeubles de grande hauteur? Oui, pour Nicolas Bouzou : « Londres s’est ouverte aux gratte-ciels et a gardé son âme ». « On ne va pas détruire Paris, mais la petite couronne possède des sites où l’on pourrait édifier des tours » ajoute Laurent Alexandre, pour qui la dimension foncière est moins importante que la science et le progrès : « le Grand Paris doit aimer ses savants et ses chercheurs ». Qui pourront expliquer aux autorités ce qu’est le big bang.

Replay du débat « Ce qui pourrait planter dans le Grand Paris »