Le jeune homme de 24 ans a mis en place une vaste escroquerie via ses réseaux sociaux, récupérant ainsi des millions d’euros du fonds de solidarité français.

Des photos dans des palaces aux quatre coins du monde, devant des voitures de luxe, ou avec des lions blancs, le quotidien de Paul Antony est synonyme d’opulence. Suivi par 50.000 abonnés sur Snapchat et 13.000 sur Instagram, le jeune homme de 24 ans se fait appeler «PA7» sur les réseaux sociaux. Mais depuis un mois, l’influenceur ne partage plus aucun contenu, un mystère décelé par nos confrères du Parisien.

Paul Antony, résidant à Dubaï, a été interpellé à sa descente de l’avion le ramenant des Émirats arabes unis, le 25 août. En cause, un détournement d’au moins 5,8 millions d’euros provenant du fonds de solidarité de l’État français. Ce dispositif a été mis en place dès le mois de mai dernier, afin d’aider les entreprises dont l’activité a été durement touchée par la crise sanitaire. Mis en examen pour «escroquerie en bande organisée et tentative d’escroquerie» et «blanchiment en bande organisée et perception indue de prestations sociales», l’influenceur est actuellement en détention provisoire à la prison de Fresnes, dans le Val-de-Marne.

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«Let’s go for the show»

L’arnaque était extrêmement bien ficelée, en commençant par la mise en scène de Paul Antony sur ses réseaux pour convaincre des autoentrepreneurs et gérants de société de recourir à ses services. Dans une vidéo, il clame : «Les aides Covid, 4500 euros à prendre en 48 heures. Qui va cracher sur 4500 euros ? Avant, c’était 10.000 mais c’est mieux que rien. La France vous souffrez, c’est dur en France, je vois les gens comment ils souffrent, c’est dur, toutes les sociétés elles ferment. (…) Tu envoies un message sur WhatsApp, on répond à tes questions, on monte ton dossier. C’est carré. Let’s go for the show.»

Le jeune homme a laissé quelques photos sur son compte Instagram, exhibant sa vie fastueuse. Capture d’écran Instagram

Dans les faits, «PA 7» demandait à ses abonnés consentants leurs identifiants du site officiel des impôts. Il s’occupait ensuite de l’ensemble des démarches frauduleuses pour demander les aides du fonds de solidarité. Par exemple, il renseignait des secteurs d’activité encore éligibles lors de la crise sanitaire, en gonflant le chiffre d’affaires de 2019, pour simuler une perte de revenus en 2020. Paul Antony réclamait ensuite à ses clients de lui reverser une commission entre 30 et 50% du montant de la subvention.

Au total, 657 autoentrepreneurs auraient bénéficié de ses services, représentant ainsi 22 millions d’euros de demandes d’aides et au moins 5,8 millions d’euros réellement versés par l’État, indique Le Parisien. Selon les policiers, ce chiffre serait sous-estimé : «Cette liste de personnes suspectes, encore amenée à évoluer, permettait d’appréhender l’ampleur de cette fraude d’un tout nouveau genre, ayant pris sa source au sein de la solidarité nationale.» Une somme que l’avocate du jeune homme, Carole Foissy, conteste auprès de l’AFP: «Le montant détourné, quel qu’il soit, n’est de toute façon pas le montant qu’il a perçu».

L’enquête avait démarré en début d’année. La Direction des finances publiques des Yvelines avait contrôlé une personne ayant touché des aides Covid et découvert que celle-ci n’y était pas éligible. Elle avait alors expliqué comment elle avait été aidée et la police avait ainsi pu remonter jusqu’à «PA7», selon une source proche du dossier. Une instruction a été ouverte par le parquet de Paris le 7 mai et un mandat d’arrêt est alors lancé contre «PA7». Lors de son interrogatoire de première comparution, celui-ci n’a pas souhaité s’exprimer, selon son avocate.

Son casier judiciaire ne porte «qu’une seule mention» et il n’a «jamais été condamné pour escroquerie» auparavant, a-t-elle précisé. «Il a reçu une excellente éducation mais a quitté l’école très jeune, il n’était pas adapté. C’est un jeune homme qui est tombé la tête dans les réseaux sociaux comme beaucoup, ça a été pour lui un cercle vicieux, il les a utilisés à des fins illégales.» Dans ce dossier, un second protagoniste a été mis en examen des mêmes chefs et écroué le 9 septembre. De son côté, Paul Antony affiche désormais le statut «en prison» sur son profil Snapchat.



Source [Le figaro ]