Sorti ce 10 septembre et développé sous le label indé EA Originals par le studio Zoink Games, « Lost in Random » est un jeu d’aventures sombre et magnifique, qui se place volontiers sous les auspices de l’influence de Tim Burton et Henry Selick.

Electronic Arts

Il est toujours de bon ton, parfois par facilité, parfois aussi à raison, de critiquer le manque de prises de risques d’un éditeur de jeux vidéo, se bornant à rincer des franchises déjà largement éprouvées. Plus encore si c’est un mastodonte de l’industrie comme Electronic Arts, qui a essuyé une sacrée tempête avec l’affaire autour des mécaniques de loot box dans ses jeux.

Mais il faut aussi lui rendre grâce pour la création du label EA Originals, tourné vers les partenariats avec des studios Indépendants. C’est sous ce label que sont sorti quelques belles pépites, comme le sensationnel et brillant It Takes Two, créé par Josef Fares, un ancien réalisateur et scénariste de film parti fonder son studio de développement en 2014.

Depuis le 10 septembre, il faut désormais ajouter à cette pouponnière un jeu remarquable, à la direction artistique somptueuse : Lost in Random. En revoici la bande-annonce, ci-dessous :

 

Développé par Zoink!, studio suédois créé en 2001, ce jeu d’action-aventure aux accents gothiques, largement irrigué par l’influence de Tim Burton et celle d’Henry Selick, fit d’ailleurs partie de la sélection de titres retenus dans le cadre du Festival du film de Tribeca, qui a franchi cette année une étape en remettant un prix à une oeuvre vidéoludique. « Depuis plus d’une décennie, notre mission a été d’être un catalyseur pour placer les jeux et leurs créateurs à l’avant-garde de la culture grand public et artistique aux côtés du cinéma, de la télévision, de la réalité virtuelle et augmentée » expliquait d’ailleurs Jane Rosenthal, directrice et cofondatrice du festival de Tribeca.

Un tableau pour modèle

« Notre inspiration pour Lost in Random est venue d’un amour de l’exploration des choses étranges et inhabituelles à travers l’art, en utilisant les humeurs et les sentiments comme point de départ » expliquait Olov Redmalm, le directeur créatif du studio. « Nous avons expérimenté différentes formes artistiques au cours de ce processus, mais c’est en voyant un tableau représentant une jeune fille et son dé que nous avons eu le déclic. Que serait un monde où la vie de chacun dépend d’un lancer de dé ? »

Un tableau d’un artiste australien du nom de Shaun Tan en l’occurence, qui sert donc de point de départ d’un récit dans lequel la fortune ou l’infortune des personnages se décide d’un coup de dé. Bénéficiant d’une écriture ciselée de Ryan North, récompensé par le prestigieux prix Eisner pour Adventure Time, également auteur de The Unbeatable Squirrel Girl pour Marvel Comics, Lost in Random plonge le joueur dans le royaume d’Aléa. Gourverné par une puissante reine et divisé en six régions bien distincts aux identités visuelles très marquées, c’est là que se forge le destin de chaque enfant lorsqu’il franchit le cap des 12 ans : chacun d’eux doit lancer le dé noir de la reine, pour déterminer son futur.

Après avoir obtenu un six, Impaire, la soeur aînée de Paire, part vivre avec la Reine dans son palais de Sixtopie. Un an plus tard, en proie à des cauchemars récurrents, Paire décide de partir à la recherche de sa soeur. En chemin, elle se lie avec un dé vivant du nom de Décisse.


Zoink!

Originaire d’Unibourg, le plus pauvre des six royaumes, Paire se lance dans une quête la faisant traverser des environnements à l’esthétique aussi géniale et tordue que leurs habitants. A l’image par exemple de Doubleville, où chacun d’eux a une double personnalité, qui change chaque jour lorsque la reine lance son dé fétiche… Ou encore Quartebourg, une cité sans foi ni loi où les parieurs plus ou moins clandestins influent sur le destin des autres citoyens… On pourrait mutliplier à l’envie les exemples : il est fascinant de voir à quel point le studio a poussé la logique de son concept de départ, dans un jusqu’au-boutisme créatif parfaitement cohérent, que vient régulièrement ponctuer une narration en voix off pleine d’humour.

Impaire et passe

Mais il y a plus. Dans cet écrin visuel de haute volée se place un système d’affrontement très original. Compagnon de route de Paire, Décisse est en effet doté de pouvoirs spéciaux qui permettent à Paire d’arrêter le temps, et d’invoquer un arsenal pour combattre les forces maléfiques de la Reine. En l’occurence une main de 5 cartes, que le joueur peut piocher et composer à sa guise dans un paquet de départ.

Des cartes aux effets très variés d’ailleurs : protection, pièges, régénération, attaque au corps à corps, invocation d’une masse magique ou d’un arc, cartes de triches aussi, forcément, mais dont les effets peuvent être parfois néfastes… Il y a donc une vraie dimension stratégique dans les affrontements, surtout dans les arènes vivantes qui parsèment le jeu, qui sont des arènes en forme de plateau de jeu évoluant et s’adaptant au fil de vos combats.

Le joueur a d’ailleurs tout intérêt à généreusement muscler sa collection de cartes, qu’il peut gagner en remportant les combats, mais aussi en les achetant auprès de Maximilien Dextre; une boutique « vivante », croisement loufoque et totalement improbable entre un homme et une armoire. Quand on vous disait que l’univers de Lost in Random était joyeusement tordu…

Sans jamais perdre le fil ténu de sa narration, s’autorisant même parfois de jolis moments d’émotion, Lost in Random déroule ses atours sur une grosse dizaine d’heures; le temps qu’il devrait vous falloir pour mener à son terme la quête principale et les quelques quêtes annexes. Une très belle découverte à ne surtout pas manquer.



Source [ Allociné ]