Bouter les Anglais hors de leur île, la Brittany Ferries en rêvait. Les sujets de sa gracieuse majesté sont peut-être en train de lui donner satisfaction. L’armateur, dont les ferries transmanche naviguent au quart de leur capacité depuis le début de l’année, enregistre un soudain rebond des réservations ces dernières semaines. La compagnie  fait état d’une progression presque inespérée de plus de 23% entre le 13 et le 26 septembre comme elle n’en avait plus vu depuis longtemps  « L’envie de voyager a visiblement été boostée par l’allègement des mesures liées au Covid en Angleterre », analyse t-on au siège de Brittany Ferries. Allusion à la décision prise par Boris Johnson de supprimer l’obligation d’un test négatif pour les personnes entièrement vaccinées entrant sur le territoire.

Le groupe présidé par Jean-Marc Roué n’est pas le seul à entrevoir une embellie. L’agence Normandie Tourisme, bras armé du Conseil régional pour la promotion du territoire, confirme ce sursaut de fréquentation. « Pour la première fois de la saison, nos voisins sont enfin réapparus dans le top 5 de la clientèle étrangère » s’enflamme t-elle dans sa newsletter hebdomadaire à destination des professionnels. Le soulagement est compréhensible. Assidus sur le littoral normand dans « le monde d’avant », les Britanniques avaient quasiment disparu des radars depuis le début de la pandémie.

Un come back bienvenu

Le département du Calvados en sait quelque chose. Son agence d’attractivité, qui « piste » les smartphones des touristes grâce à l’outil Flux Vision développé par Orange, a vu littéralement s’écrouler le nombre de visiteurs en provenance du Royaume Uni ces deux dernières années (- 74% en 2020 par rapport à 2019 et encore – 26% au cours des deux derniers mois d’été). « Le Bessin qui englobe les plages du débarquement a particulièrement souffert, plus que la côte fleurie où les Français ont été au rendez-vous », précise François Rouxelin, responsable de l’observatoire de l’agence Calvados Attractivité. En cause : la pandémie bien sûr, les contraintes liées au Brexit mais aussi probablement la fermeture de la ligne Caen-Londres, seule liaison aérienne directe entre la Normandie et la capitale britannique, torpillée en plein vol après la cessation d’activité de la compagnie Flybe qui l’opérait depuis cinq ans.

En comparaison de cette période off, l’arrière-saison touristique s’annonce mieux orientée.

« Au mois de septembre, nous avons comptabilisé deux fois plus de Britanniques que l’an dernier à la même époque », note François Rouxelin.

Pas encore de quoi sabler le champagne mais le signal est encourageant à la veille des fêtes de fin  d’année. En attendant, les professionnels du tourisme peuvent remercier Boris Johnson d’avoir desserré l’étau.

Ils feraient bien aussi d’en savoir gré à la presse britannique très Normandy friendly depuis la rentrée. Dans ses conseils de voyage, le vénérable Times la cite à quatre reprises vantant les charmes des croisières sur la Seine, du Mont saint Michel ou encore de Giverny. De son côté, le Guardian dont le site est l’un des plus lus au monde recommande à ses lecteurs de se précipiter (en novembre) à la très populaire foire aux harengs de Dieppe… Ce qui ne manque pas d’un certain sel quand on se souvient du bras de fer qui oppose en ce moment français et britannique sur le sujet de la pêche.