Alors que la situation est relativement inquiétante outre-Manche, la France pourrait-elle connaître une situation similaire ? Le Figaro fait le point.

Au Royaume-Uni, c’est la fuite d’un rapport confidentiel du pétrolier British Petroleum destiné au gouvernement qui a mis le feu au baril. Rendu public la semaine dernière, le document faisait état de la fermeture de quelques dizaines de stations-service par manque de carburant. Suffisant pour entraîner une ruée des Britanniques vers leur pompe la plus proche ces derniers jours, et de vives tensions entre automobilistes dans d’interminables queues.

De quoi provoquer pour de bon la pénurie générale d’essence que la population craignait tant de voir arriver. Une situation relativement inquiétante avec un risque de paralysie de la société et de l’économie britannique, qui interroge sur le continent. La France pourrait-elle connaître une situation similaire dans les prochaines semaines, en plus des nombreuses pénuries qui se profilent en fin d’année ?

Concours de circonstances britanniques

La pénurie de carburant au Royaume-Uni est liée à un concours de circonstances propres au pays. «La situation britannique est très exceptionnelle. D’abord, il y a une dimension psychologique puisque la ruée vers les stations-service a amplifié la pénurie qui n’était que marginale», observe le professeur à l’IFP et consultant Jean-Pierre Favenec. Pour l’instant, les Français n’éprouvent pas ce genre de craintes et le sujet d’un manque de carburant n’entre pas dans le débat public.

Mais les craintes de pénurie des Britanniques n’étaient pas pour autant infondées. Certes, le pétrole reste très disponible dans le monde et les raffineries locales sont pleines. Mais la chaîne logistique du pays souffre des pénuries de main-d’œuvre, avec 100.000 postes de chauffeurs non pourvus. «Avec le Brexit qui complique les visas et les confinements successifs, 20.000 chauffeurs routiers étrangers ont regagné leur pays d’origine, notamment les pays d’Europe de l’Est», explique Jean-Alain Andrivon, économiste spécialiste du Royaume-Uni chez Rexecode. Les stations-service peinent désormais à se faire livrer en essence à cause du manque de conducteurs de camions-citernes.

99% des pompes françaises bien approvisionnées

L’industrie pétrolière française ne connaît pas de pénuries comparables de conducteurs de camions. «Nous n’avons aucune tension au niveau de l’approvisionnement des stations-service et du manque de chauffeurs», affirme-t-on chez Total Énergies. «Plus de 99% des stations-service sont bien approvisionnées en essence et en gazole, confirme le ministère de la Transition écologique, en charge de l’Énergie, qui se veut rassurant quant au spectre d’une pénurie de carburant. Un constat partagé par l’Union Française des Industries Pétrolières qui vante la «robustesse et flexibilité de la logistique pétrolière française via des acheminements par mer, pipelines et camions».

Et en cas de difficulté, la France peut mobiliser ses stocks stratégiques pilotés par l’État. Soit une réserve de 90 jours de consommation, répartie sur l’ensemble des dépôts pétroliers du territoire. «Ces stocks stratégiques sont comme l’arme nucléaire, avance le président de l’UFIP Olivier Gantois. Ils rassurent tout le monde mais on ne s’en sert jamais puisque la France n’a pas connu de pénurie de grande ampleur en essence depuis de nombreuses années, au-delà de manques ponctuels». Souvent dues aux grèves des camionneurs ou au blocage des dépôts comme pendant les manifestations des Gilets Jaunes en 2018.

De l’autre côté de la Manche, l’armée britannique est déjà réquisitionnée pour fournir ses propres chauffeurs et camions-citernes et Boris Johnson compte accorder 10.500 visas temporaires à des travailleurs étrangers. L’économiste spécialiste du Royaume-Uni Jean Alain Andrivon ne croit donc pas à une pénurie de carburant durable au Royaume-Uni et en France: «La situation devrait se rétablir dans les prochains jours au Royaume-Uni et n’aura aucune incidence ailleurs, ni sur le prix de l’essence, ni sur sa disponibilité».



Source [Le figaro ]