C’est une annonce fracassante et inattendue. Sanofi renonce à commercialiser le vaccin à ARN messager qu’il était en train de mettre au point contre le covid-19, au motif que le tandem germano-américain Pfizer-BioNTech exerce aujourd’hui une position dominante sur ce segment de marché. En revanche, le groupe pharmaceutique français poursuit le développement de son autre candidat-vaccin anti-covid, actuellement en phase III d’essais cliniques, qui est, lui, fondé sur une protéine recombinante. L’idée principale est d’utiliser le vaccin comme dose potentielle de rappel pour les personnes ayant déjà reçu deux injections de vaccin Pfizer-BioNTech ou Moderna, ou encore une dose unique de vaccin Johnson & Johnson.

A défaut de poursuivre son vaccin anti-covid à ARN, Sanofi n’entend pas délaisser cette technologie et mise sur l’ARN pour développer de nouveaux vaccins contre des virus futurs, ainsi que pour trouver des traitements contre le cancer et diverses maladies rares.

Abandon du vaccin à ARN messager contre le covid

Sanofi travaillait depuis plus d’un an et demi avec la biotech américaine Translate Bio, qui lui avait d’ailleurs fourni la technologie ARN messager, et que Sanofi avait fait le choix de racheter début août pour 2,7 milliards d’euros. Le choix du groupe a toutefois de quoi interroger puisque les données initiales de l’essai mené par le laboratoire français sur la technologie ARN messager sont positives, selon un communiqué publié mardi. D’après Sanofi, les phases I/II de l’essai montrent un fort taux de fabrication d’anticorps ou séroconversion, puisque deux semaines après la deuxième injection, 91% à 100% des participants développent des anticorps. En outre, aucun effet secondaire n’avait été répertorié pour ce vaccin à ARN, et le profil de tolérance au vaccin apparaissait comparable à celui d’autres vaccins anti-covid à ARN, comme ceux développés par Pfizer-BioNTech et Moderna.

Pour autant, le groupe pharmaceutique français juge qu’au vu du nombre de doses qui devraient être produites d’ici à mai-juin 2022 -24 milliards selon les données de la Fédération internationale de l’industrie pharmaceutique-, « il n’y a pas de besoin de santé publique d’avoir un autre vaccin ARN messager », comme l’a expliqué le vice-président de la branche vaccins de Sanofi, Thomas Triomphe, à l’AFP. Une affirmation qui a été nuancée par l’Organisation mondiale de la santé, qui a indiqué avoir besoin « d’autant de vaccins de qualité que possible » pour vacciner toute la planète.

Poursuite du développement de son autre vaccin anti-covid

Si Sanofi a renoncé à finaliser le développement de son vaccin à ARN, il poursuit en revanche le développement de son autre candidat-vaccin anti-covid, fonctionnant à partir d’une méthode plus conventionnelle, en l’occurrence une protéine recombinante. Les résultats de la phase III d’essais cliniques sur cet autre vaccin, développé en partenariat avec le britannique GSK (GlaxoSmithKline) sont quant à eux toujours attendus d’ici la fin de l’année.

Le 28 septembre, Sanofi a annoncé qu’en parallèle de son essai de phase III -censé évaluer l’efficacité et la tolérance de ce candidat-vaccin-, le programme de développement a été élargi pour inclure une nouvelle étude visant à évaluer si ce vaccin peut être utilisé comme dose de rappel, afin de s’adapter aux besoins de santé publique actuels.

« Des données précliniques publiées récemment ont montré que le candidat-vaccin avait le potentiel de renforcer très significativement les réponses immunitaires, quelle que soit la plateforme technologique utilisée en primo-vaccination et contre un large éventail de variants préoccupants », explique le groupe.

Les premiers résultats des études consacrées à la vaccination de rappel -qui ont démarré cet été aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en France et en Australie-, sont attendus à la fin du quatrième trimestre de 2021. Si les résultats de l’étude se révélaient positifs, le vaccin anti-covid de Sanofi pourrait être utilisé comme un rappel à injecter à toutes les personnes déjà complètement vaccinées, quel que soit le type de sérum utilisé parmi le trio Moderna, Pfizer-BioNTech et Johnson & Johnson.

Sanofi a affirmé qu’une commande de plus de 75 millions de doses de ce rappel lui a d’ores et déjà été passée par l’Union européenne et le Royaume-Uni -qui misent donc sur une future approbation réglementaire de ce candidat-vaccin-, à laquelle devrait venir s’ajouter une commande des Etats-Unis, pour un prix inférieur à 10 euros par dose.

Lors d’une conférence de presse ce mardi, le laboratoire français a indiqué ne pas croire à la nécessité d’une vaccination annuelle contre le covid-19, à l’image de la grippe, mais a en revanche estimé qu’il « faudra peut-être envisager » une quatrième dose de vaccin « si beaucoup de variants circulent ».

Recentrage sur la recherche de vaccins pour d’autres maladies

Sanofi estime aujourd’hui que la priorité réside dans la mise au point de nouveaux vaccins et de nouveaux traitements, et mise sur la technologie ARN messager pour y parvenir. Après avoir déboursé 2,7 milliards de dollars le mois passé pour racheter la biotech américaine Translate Bio, détentrice de l’ARN messager, pas question pour Sanofi de délaisser cette technologie.

Thomas Triomphe, vice-président de la branche vaccins de Sanofi, a été clair sur la position du groupe:  « Le besoin n’est pas de créer de nouveaux vaccins anti-covid à ARN, mais d’équiper la France et l’Europe d’un arsenal de vaccins à ARN messager pour une prochaine pandémie, pour de nouvelles pathologies ».

En outre, Sanofi entend utiliser la technologie ARN afin de lutter contre le cancer et les maladies graves. « Notre objectif est de libérer le potentiel de l’ARN messager dans d’autres domaines stratégiques, comme l’immunologie, l’oncologie, et les maladies rares, en plus des vaccins », avait ainsi souligné le directeur général de Sanofi Paul Hudson lors de la transaction visant à racheter Translate Bio.

Sanofi souhaite développer des vaccins avec cette technologie contre d’autres virus, sans effet secondaire et avec moins de contraintes au niveau de la température de conservation.

En juin, le groupe pharmaceutique a d’ores et déjà annoncé qu’il allait consacrer au moins deux milliards d’euros d’ici à 2025 dans la recherche sur de nouveaux vaccins à ARN, et s’atteler notamment à développer des vaccins contre la grippe.

Ainsi, il y  a trois mois, Sanofi a entamé un essai clinique de phase I pour un vaccin à ARN monovalent (avec une seule souche de virus) contre la grippe saisonnière, dans le but d’évaluer la tolérance et l’immunogénicité de deux formulations de ce vaccin. Mardi 28 septembre, Sanofi a en outre indiqué l’initiation, dès 2022, d’autres essais cliniques contre la grippe, mais recourant cette fois à un vaccin quadrivalent. De son côté, son rival Pfizer a annoncé lundi avoir procédé aux premières injections pour évaluer sur des humains un vaccin contre la grippe utilisant la technologie de l’ARN messager.