En confirmant une baisse des dotations de 50 millions d’euros pour les collectivités régionales lors du 17e congrès des Régions de France, le premier ministre n’a pas rassuré des élus se disant «choqués» par le ton «humiliant» de son intervention.

Pour la confiance, c’est raté. Le terme était pourtant le slogan du 17e congrès des Régions de France à Montpellier mais après le discours de Jean Castex prononcé jeudi, les présidents de région ont dénoncé une «humiliation» et annoncé la convocation d’une «réunion extraordinaire». «Nous avons été très choqués par ce discours», a déclaré Carole Delga en critiquant l’intervention du premier ministre tant sur la «forme» que sur le «fond». La présidente des Régions de France a également jugé « étonnante » l’analyse de Jean Castex sur la situation du pays. «Ce n’est pas le vécu de nos concitoyens que nous sentons sur le terrain. Nous représentons 66 millions d’habitants et nous avons autant de légitimité que des ministres», a insisté la présidente PS de la région Occitanie. Renaud Muselier, président délégué de l’association d’élus a également exprimé un «sentiment d’injustice et d’incompréhension».

Castex agacé

Lors de sa prise de parole en clôture du congrès, Jean Castex a prévenu qu’il ne fallait pas compter sur lui « pour entretenir des polémiques stériles ». Le premier ministre a été agacé par un communiqué publié huit jours plus tôt par Régions de France dans lequel les élus avaient réagi vivement pour contester une baisse de dotations de 50 millions d’euros qu’ils avaient découverte à la lecture du projet de loi de finances 2022. Ils avaient surtout pris leur calculette et compris qu’en comptant les coupes sur les frais de gestion (127 millions d’euros), la perte de recette s’élevait en réalité à 177 millions d’euros.

Si, lors de son intervention, Jean Castex a assuré que les 127 millions de frais de gestion seraient finalement assumés par l’État, la baisse initiale de 50 millions d’euros est bien restée en l’état. Et il a fait ses annonces sans se priver de donner une leçon de «responsabilité» à ses interlocuteurs. Ce qui ne pouvait qu’être mal vécu dans le contexte de ce congrès où les régions estiment être les seules collectivités impactées dans le PLF 2022. La faiblesse des applaudissements constatée après le discours du premier ministre en a dit long sur le climat final de la réunion.

Conscient des attentes comme des «propos d’estrade», Jean Castex a voulu répondre aux régions en se posant en garant de «l’intérêt général» et en défenseur des «territoires». Aux critiques sur la «verticalité» de la gestion de la crise sanitaire, il a estimé que les Français en seraient les «seuls juges». «Ma seule jauge c’est le jugement de mes concitoyens», a-t-il souligné, en saluant «l’implication sans failles» des élus locaux et le résultat d’une «œuvre collective». Il a aussi comparé la France avec l’Allemagne pour démontrer à quel point l’implication de l’État avait permis de maintenir «l’impact» de la crise sanitaire dans l’Hexagone à «4 milliards» quand celui-ci aurait atteint «7 milliards» outre-Rhin.

Puis Jean Castex a défendu les «avancées» de la loi de décentralisation 3DS quand les présidents estiment pour leur part qu’elle n’est plus qu’une «coquille vide». Le premier ministre s’est encore posé en «premier promoteur» de «l’équipe de France» voulue par les régions après avoir rappelé la stabilité du niveau des dotations des collectivités, depuis 2017.

Ironie

«On cite la Cour des comptes quand ça arrange», a ironisé le premier ministre, avant d’assurer que l’État ne «laissait pas tomber les collectivités». Alors que les régions avaient brandi ce rapport de la Cour des comptes pour démontrer le fait qu’elles étaient les collectivités les plus impactées par les conséquences économiques de la crise sanitaire. Au final, Jean Castex a invité ses interlocuteurs à aborder les défis de la relance avec «sérénité», «sérieux» et «unité».

Au-delà du problème de baisse de dotations, les régions attendaient également des réponses sur d’autres sujets brûlants, comme la compensation des pertes de recettes dans les transports, avec les trois régions particulièrement impactées que sont l’Ile-de-France, la Normandie et le Centre-Val-de-Loire. Des engagements sur la contractualisation avec l’État de nouveaux crédits pour accompagner le développement des infrastructures régionales de transports étaient aussi très attendus mais sur ces deux sujets, ils n’ont pas eu les réponses qu’ils espéraient.

Opposée aux baisses de dotations, Carole Delga avait prévenu le gouvernement. À la veille de son premier congrès, elle avait dit clairement que si les réponses du premier ministre ne se révélaient pas à la hauteur des attentes des présidents de régions, ceux-ci en tireraient « toutes les conséquences ». C’est ce qu’ils feront prochainement en rassemblant «d’urgence» un conseil extraordinaire des Régions de France.



Source [ Le figaro ]