Bruno Le Maire veut que les salaires augmentent. Anne Hidalgo, Valérie Pécresse et Jean-Luc Mélenchon aussi. Franchement, on ne s’attendait pas à une telle unanimité ! Car, oui, la question se pose et elle se pose maintenant.

Parce que les perspectives sont bonnes. L’Insee nous annonce un peu plus de 6 % de croissance cette année et, en même temps que les autres prévisionnistes, une bonne dynamique pour l’an prochain.

Or, ce retour à meilleure fortune se lit déjà dans les comptes des entreprises dont le taux de marge, c’est-à-dire ce qu’elles conservent de la création de richesses collective, se situe autour de 35,5 % pour le premier semestre 2021. Il n’a jamais été aussi élevé depuis que la statistique existe, c’est-à-dire 1949 ! Le constat est là : l’aide publique a éliminé les risques liés à la pandémie.

Le taux de marge des entreprises n’a jamais été aussi élevé depuis 1949 !

Au profit de qui ? Selon les estimations récentes de la société de gestion Janus Hendersen, la France est aujourd’hui est le premier pays au monde en matière de distribution de dividendes, ils ont été multipliés par trois par rapport à l’an dernier. Dans le même temps, les augmentations de salaires prévues pour cette année montent, selon les estimations de Deloitte, à 0,6 %…

Valérie Pécresse propose de tailler dans les cotisations sociales pour permettre aux entreprises d’augmenter les salaires. Soit une perte de recettes fiscales, la possibilité que les entreprises en profitent pour augmenter leur marge, le tout avec un effet plus que limité sur l’emploi, confer de ce point de vue le CICE.

Augmenter la prime d’activité ? Ce n’est pas un salaire mais une prestation sociale, et qui n’ouvre aucun droit à la retraite. L’intéressement et la participation ? Cela ne touche que 40 % de la population, celle qui travaille dans le privé. Et c’est extrêmement inégalitaire : il y en a plus dans les grandes entreprises et plus pour les hauts salaires. Le montant dépend de la conjoncture dont les risques sont reportés sur les salariés et, comme l’explique le juriste Alain Supiot, c’est une façon de protéger l’employeur du pouvoir collectif des salariés.

Que faire ?

Alors, si l’on souhaite enfin que le travail paie, surtout en bas de l’échelle, il reste l’augmentation du Smic. Et on ne parle pas ici des quelques dizaines d’euros liées à la revalorisation automatique qui aura lieu au 1er octobre prochain. Un salaire décent se trouve aujourd’hui à 1 600 euros, plus que les 1 250 environ à partir d’octobre. Les jeunes en bénéficieraient, eux que la pandémie a particulièrement touchés. Une étude du ministère du Travail a montré que la diffusion dans l’échelle des salaires est faible. Cela détruirait des emplois ? Il n’y a plus que dans le groupe d’experts du Smic français que l’on défend cette idée, tant les études se sont multipliées ces dernières années pour remettre en cause cet argument anti-social.

Sinon, une autre voie est possible. Mais il faut que les perspectives soient bonnes (c’est le cas), que la situation des entreprises soit bien orientée (c’est le cas) et que la négociation en entreprise soit bien vivante, c’est censé être le résultat des lois travail du début du quinquennat. Il est donc temps d’ouvrir le débat : et si on passait aux 32 heures payées 35 heures ?





Source [ Alternatives économiques ]