Nadar fut l’un des plus grands photographes de son temps et a transformé la photographie en art de l’instant, un siècle et demi avant nos selfies. Il n’est pourtant pas un des pionniers de cette technologie rendue publique en 1839.

Sa vie antérieure est celle d’un journaliste, d’un écrivain romantique, admirateur de Victor Hugo, de Balzac ; et d’un caricaturiste de tous les petits journaux d’opposition qui fleurissaient sous le règne de Louis-Philippe, et qui critiquaient le roi bourgeois. Sylvie Aubenas, directrice du département des Estampes et de la photographie de la BnF

C’est lors de sa carrière de caricaturiste que Félix Tournachon devient “Nadar”, ajoutant un suffixe “dar” en fin de mot, un peu à la manière du jargon louchébem.

Opposant à Napoléon III

Avec sa barbe rousse et sa veste écarlate, Nadar est “un rouge”, opposant à Napoléon III, un des seuls personnages illustres de l’époque à ne pas être passé devant son appareil.

Dans la presse satirique, Nadar affûte son sens du détail, repère les moindres traits humains pour élaborer un Panthéon de caricatures des célébrités de l’époque. On entre alors dans une société de l’image avec la publicité, la presse puis la photo.

Il connaît tout le milieu de la bohème artistique, les acteurs, les journalistes, les directeurs de journaux. Et quand il ouvre un atelier de photographie rue Saint-Lazare, tout naturellement, c’est toutes ses connaissances qui se retrouvent à poser chez lui. Il photographie l’intelligentsia parisienne et internationale, puisque Paris est un des centres du monde à l’époque. Sylvie Aubenas, conservatrice à la BnF

La photo, de technologie à art

La photographie est à l’époque perçue comme une technologie plus qu’un art. Avec ses portraits très enlevés, Nadar va changer cette image.

La photographie est une découverte merveilleuse (…) et dont l’application est à la portée du dernier des imbéciles. Mais ce qui ne s’apprend pas, c’est le sentiment de la lumière. Ce qui s’apprend encore moins, c’est l’intelligence morale de votre sujet. C’est ce tact rapide qui vous met en communion avec le modèle, vous le fait juger et diriger dans ses habitudes, dans ses idées, selon son caractère. Nadar

Le photographe s’applique à faire ressortir le caractère de ses modèles, en s’appuyant sur la lumière naturelle. Le rendu est révolutionnaire, à rebours des portraits désincarnés en vogue à l’époque.

L'utopiste Jean Journet, éternel indigné, immortalisé par Nadar en 1857.
L’utopiste Jean Journet, éternel indigné, immortalisé par Nadar en 1857.
Crédits : Nadar

Technophile, il court après les évolutions techniques de son temps. Il adopte la lumière artificielle et devient le premier à photographier les catacombes, éclairées au magnésium, puis les égouts de Paris.

Il crée aussi la Société d’encouragement du transport en ballon, avec son ami Jules Verne, qui passe plusieurs fois devant son appareil photo. Devenu une sorte de lobbyiste du voyage en ballon, il créera ensuite son propre dirigeable, “Le Géant”.

Pris depuis un ballon dirigeable dans le ciel de Paris, le premier cliché aérien de l'histoire de la photo fut pris par Nadar.
Pris depuis un ballon dirigeable dans le ciel de Paris, le premier cliché aérien de l’histoire de la photo fut pris par Nadar.

Précurseur, il marque l’histoire de la photo, avec le premier cliché aérien, dans le ciel de Paris, puis la première photo sous-marine, dans un caisson étanche dans le port de Marseille.

La photo est acceptée par les gens qui font l’opinion grâce à lui. Il y a une célèbre caricature de [Honoré] Daumier, qui représente Nadar dans un ballon, où il surplombe Paris dans son ballon avec son appareil, et qui s’appelle “Nadar élevant la photographie à la hauteur de l’art ». Sylvie Aubenas, conservatrice à la BnF





Source [ France culture ]