Entre « les motifs du mauvais œil et ceux de l’image miraculeuse », quelle est « la vision apocalyptique » que la peste justinienne transmet au Moyen Âge, quand la peste noire surgit dans l’Europe médiévale? S’interroge l’historien. 

Dans le cadre de sa série sur la « peste noire », Patrick Boucheron,  Titulaire de la chaire Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIᵉ-XVIᵉ siècle, nous propose aujourd’hui, selon ses mots « une relecture critique du récit du siège de Caffa de 1346« .

Il s’agit « de mettre à distance la hantise contemporaine de la guerre bactériologique et de reconstituer les routes de la peste en Eurasie, depuis cette plaque tournante que constitue la Horde d’Or, en reculant dans l’espace et dans le temps.

De fait, l’historien rembobine le fil de l’histoire jusqu’au milieu du XIIIe siècle, et « en reconsidère, au passage, les vecteurs animaux de sa transmission »

Autour de 1346, « les échanges entre le nord et le sud de la mer Noire sont intenses », rappelle le médiéviste. 

« Les émissaires vénitiens de Tana et ceux génois de Caffa ne cessent de se rencontrer, en croisant la route des diplomates et des marchands de la Horde d’or et de Constantinople, en même temps que s’intensifie le commerce des grains ». 

Diffusion de Yersinia pestis dans la région de la mer Noire, carte in Laying the Corpses to Rest: Grain, Embargoes, and Yersinia pestis in the Black Sea,1346–48
Diffusion de Yersinia pestis dans la région de la mer Noire, carte in Laying the Corpses to Rest: Grain, Embargoes, and Yersinia pestis in the Black Sea,1346–48
Crédits : Hannah Barker / Speculum Volume 96, Number 1 January 2021

« L’hypothèse, indique Patrick Boucheron, ne consiste pas seulement à réévaluer le rôle des réseaux vénitiens de Tana dans la propagation de la peste, il est de renverser le catastrophisme apocalyptique de la vision du siège de Caffa pour comprendre que l’épidémie n’est pas fille de la guerre mais de la paix, et qu’elle peut remonter les circuits des échanges et des alliances. »

« C’est donc bien à l’histoire décloisonnée d’un monde interconnecté qu’elle nous convie, nous dit Patrick Boucheron, un monde dont le cœur battant n’est pas en Europe, où se situent seulement les terminaux périphériques des réseaux marchands, mais plus à l’est, en ce centre de gravité de l’Eurasie alors dominée par la Horde d’or. »

Carte de Julien Loiseau, intitulée,
Carte de Julien Loiseau, intitulée, « Les routes de la peste noire », dans « l’Atlas Global » de Gilles Fumey, Christian Grataloup et Patrick Boucheron, en 2014.
Crédits : Julien Loiseau / Les arènes

Mais avant de découvrir cette formidable plaque-tournante, nous retrouvons la question de la vision apocalyptique de la peste. 

Nous gagnons le Collège de France le 9 mars 2021, pour le cours de Patrick Boucheron, aujourd’hui, « Du siège de Caffa aux marmottes de la Horde d’Or »

Pour prolonger :

Patrick Boucheron a notamment présenté différentes cartes dans ce cours, dont les deux suivantes :

  • « Diffusion de Yersinia pestis dans la région de la mer Noire », carte extraite de l‘article d’Hannah Barker, « Laying the Corpses to Rest: Grain, Embargoes, and Yersinia pestis in the Black Sea,1346–48 », in Speculum Volume 96, Number 1 January 2021
  • « Les routes de la peste noire », carte de Julien Loiseau, dans l’Atlas Global de Patrick Boucheron, Christian Grataloup et Gilles Fumey, Les Arènes, 2014.





Source [ France culture ]