Tout comme les Tibétains, les Ouïghours sont opprimés par le régime communiste chinois. Emprisonnement, travail forcé, destruction de la culture du Turkestan, Pékin continue sa politique de répression de cette communauté à majorité musulmane, malgré les témoignages et les informations dramatiques qui ne cessent de sortir de Chine. 

D’après l’institut Ouïghours d’Europe, il y aurait 600 000 travailleurs forcés au Turkestan. À ce chiffre viendrait s’ajouter celui du nombre de personnes déplacés à l’intérieur de la Chine qui atteindrait les 80 000 prisonniers. On peut également signaler que toutes les familles qui habitent dans cette partie Ouest de la Chine sont concernées. On estime qu’entre 1 à 3 millions de personnes seraient passées par des camps. 80% des stérilisations de toute la Chine seraient réalisées en région ouïgoure. 

Des accusations réfutées catégoriquement par la Chine, qui dénonce des mensonges occidentaux et explique que les camps mentionnés sont en réalité des centres de formation professionnelle. L’ambassadeur de Chine en France parle même d’accusations absurdes. 

Des histoires qui racontent toutes la même chose

Il s’appelle Abdelaziz, il est en France depuis 2016. Il est ouïghour et son histoire ressemble à tant d’autres de sa communauté. Subitement, il va perdre le contact avec sa famille et notamment avec Mamat, l’un de ses frères dont il n’a plus de nouvelles depuis 2018. Silence de son frère depuis trois ans, silence de sa mère en 2019 et impossible d’avoir la moindre information des autorités chinoises malgré des coups de téléphone dans le commissariat de sa ville. Et Abdelaziz d’expliquer :

À plusieurs reprises, j’ai essayé de contacter la police locale pour avoir des informations sur mon frère et ma famille. Mais au lieu de me donner des informations sur mon frère, le policier m’a demandé : « Vous êtes où ? Pouvez-vous venir nous voir ici ? » Je suis certain que c’est un piège. 

Il faut dire que la méthode est connue. Si Abdelaziz retourne dans son pays, il ira probablement en prison, tout comme son frère qui a finalement été condamné à 16 ans de détention. Car selon lui, au pays des Ouïghours aucune famille ne serait épargnée. « Au moins une personne par famille se trouve dans cette situation d’être soit emprisonnée, soit en rééducation« . Et si Abdelaziz s’exprime aujourd’hui malgré le danger, c’est parce qu’il veut encore croire que la mobilisation de tous pourra aboutir à la libération de ses proches et faire revenir à la raison la dictature chinoise. 

Rassemblement à Paris en juillet 2020. Le drapeau bleu en arrière-plan est encore utilisé par les Ouïghours comme un symbole du mouvement d'indépendance du Turkestan oriental.
Rassemblement à Paris en juillet 2020. Le drapeau bleu en arrière-plan est encore utilisé par les Ouïghours comme un symbole du mouvement d’indépendance du Turkestan oriental.
Crédits : Nathanael Charbonnier

Radio France

L’heure n’est plus à la condamnation mais à l’action

Parallèlement, la mobilisation ne cesse de prendre de l’ampleur pour dénoncer l’attitude chinoise, et obtenir du plus grand nombre la reconnaissance de génocide du peuple ouïghour. Et pour ceux qui douteraient encore, il suffit d’écouter Gûlbahar Jalilova, qui vit en France et se présente comme une rescapée :

Il y a suffisamment de preuves qui ont été montrées, de reportages qui ont été diffusés. Moi même, je suis un témoin vivant de ces horreurs et de ce que j’ai vécu. J’ai été emprisonnée pendant un an trois mois et dix jours. Que voulez-vous que je dise à ces gens qui ne veulent pas voir et qui croient les mensonges des Chinois. Que voulez-vous que je dise à ces gens qui ont perdu toute humanité. 

Et Gûlbahar Jalilova de regretter le silence de la France. Alors que le Canada, les États-Unis, l’Irlande et d’autres pays occidentaux ont reconnu ce génocide, la France, pays des droits de l’homme reste muette. C’est la raison pour laquelle, elle manifeste et signe les différentes pétitions qui parlent du sujet. 

Un combat pour l’humanité entière

Dilnur Reyhan, de l'Institut Ouîghours d'Europe entourée de deux rescapées des camps chinois
Dilnur Reyhan, de l’Institut Ouîghours d’Europe entourée de deux rescapées des camps chinois
Crédits : Nathanael Charbonnier

Radio France

La reconnaissance du génocide des Ouïghours est un combat lent et difficile, explique Dilnur Reyhan, de l’institut des Ouïghours d’Europe.  Si elle reconnait des avancées, notamment au niveau européen, puisque la Présidente de la Commission européenne, Ursula Von Der Leyen, a évoqué la fin de la commercialisation des produits issus du travail forcé, elle estime toutefois qu’il faut continuer de se mobiliser. Seulement une quinzaine de villes en France ont signé la charte de solidarité avec son peuple. Certaines villes françaises continuent de financer les instituts Confucius, associations de « soft power » chinoises. Pour la militante, il faut aller plus loin. C’est-à-dire jusqu’au boycott des Jeux olympiques en Chine en 2022. Il en va de l’avenir de l’humanité. 

Ce combat n’est pas uniquement pour sauver le peuple ouïghour, mais pour sauver le futur de l’humanité. Vous savez, la Chine met en place la surveillance de masse partout dans le pays. Et cela peut arriver ailleurs dans le monde car Xi Jinping vante le modèle chinois. C’est-à-dire un régime totalitaire qui opprime son peuple tout en étant riche. Or ce modèle peut s’exporter dans d’autres pays, dans d’autres dictatures. Notre combat est pour toute l’humanité.

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Source [ France culture ]