Le premier ministre a annoncé jeudi soir sur TF1 des mesures censées faire face à la flambée des prix de l’énergie.

Les annonces de Jean Castex, jeudi au 20 Heures de TF1, pour contrer la flambée des prix de l’énergie, ne convainquent pas. Après que le premier ministre a dévoilé un ensemble de mesures regroupées sous l’appellation de «bouclier tarifaire» (blocage du tarif réglementé du gaz jusqu’en avril, limitation de la hausse de l’électricité, possible revalorisation du chèque énergie si nécessaire), les réactions ont été plus que mitigées.

Du côté de la classe politique, les oppositions ont unanimement étrillé un plan jugé insuffisant. Invité du 20 Heures de France 2 juste après l’intervention du locataire de Matignon sur TF1, Xavier Bertrand a fustigé le «cynisme» du gouvernement, qui «se réveille parce qu’on est à six mois de l’élection [présidentielle]». «Si j’étais à la place d’Emmanuel Macron (…) j’aurais rendu l’argent que l’État a touché avec toutes les augmentations de l’électricité et du gaz», a déclaré le président (ex-LR) de la région Hauts-de-France, par ailleurs candidat à la présidentielle.

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Marine Le Pen a comparé les annonces de Jean Castex à «un cautère sur une jambe de bois». «Les Français n’ont pas besoin de mesurettes électoralistes, mais d’une baisse réelle et durable du prix des énergies et de l’essence !», a écrit la patronne du Rassemblement national (RN) sur Twitter.

Même critiques du côté de Jean-Luc Mélenchon, qui a fustigé le maintien de la hausse du prix du gaz de 12,6% ce 1er octobre, ainsi que sa fin prévue en avril, soit au moment de la présidentielle. «Le plan Castex contre la hausse des prix, c’est simple : vous lui donnez votre montre et il vous donne l’heure. Vous payez d’abord, ensuite vous paierez encore pareil», a-t-il écrit, ironique, sur Twitter.

Porte-parole d’Anne Hidalgo, maire (PS) de Paris et candidate déclarée à la présidentielle, Stéphane Troussel a résumé le plan de Jean Castex en ces termes : «Trop peu, trop tard.» Et le président du conseil département de Seine-Saint-Denis de regretter que certaines «propositions faites depuis des mois dans ce domaine» n’aient pas été mises en place, telles que le «doublement du chèque énergie» et «l’élargissement du nombre de bénéficiaires».

Le député écologiste Matthieu Orphelin (ex-LREM) a jugé que les mesures annoncées par Jean Castex n’étaient «pas du tout suffisantes» et «en trompe-l’œil». «Il manque des annonces fortes sur le chèque énergie», a-t-il déclaré à RMC, déplorant également «l’absence totale de mesures sur la baisse des consommations».

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Un «tour de passe-passe» pour FO

Sur BFM TV/RMC, Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée chargée de l’Industrie, a logiquement fait le service après-vente des annonces de son collègue du gouvernement. «Notre enjeu, c’est d’être très attentifs à la facture des Français, et donc nous allons bloquer les prix pour que cet hiver, les prix n’augmentent pas sur la facture des Français», a-t-elle déclaré au micro de Jean-Jacques Bourdin.

Chez les syndicats, le «bouclier tarifaire» du gouvernement ne réjouit pas non plus. «L’énergie va continuer à augmenter, même si la hausse est limitée, donc ça reste un problème», a réagi le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez sur Public Sénat. «Et il y a d’autres mesures à prendre», a-t-il estimé, citant la baisse de la TVA à 5,5% sur les produits de première nécessité et le retour à «un pôle public de l’énergie», avec EDF et Engie, «pour permettre une meilleure régulation des prix de l’énergie».

Son homologue de Force Ouvrière, Yves Veyrier, ne voit dans le bouclier tarifaire annoncé par Jean Castex qu’ «une espèce de tour de passe-passe». «Il va s’appliquer sur la période la plus dure de l’augmentation, en espérant une baisse des tarifs du gaz en avril. À la fin, il faudra bien payer cette hausse des prix.» Interrogé sur France 2, le syndicaliste a dit regretter le fait que «les personnes à peine au-dessus du seuil de pauvreté ne recevront pas le chèque énergie».

L’association de consommateurs CLCV n’est pas non plus convaincue. Son délégué général, François Carlier, a jugé sur franceinfo «assez décevant» le choix de bloquer les tarifs du gaz pendant six mois. «Il fallait tout simplement geler les hausses à venir et faire un geste de TVA, ce qui aurait permis d’amoindrir ce qu’il y a eu dans le passé. Il y a eu plus de 50% de hausse ces derniers mois.»

Du côté des professionnels, les fournisseurs alternatifs considèrent que le gouvernement «fausse la concurrence» en bloquant les tarifs réglementés du gaz. Rappelant que «les prix des fournisseurs alternatifs sont indexés sur les tarifs réglementés», la présidente de l’Association nationale des opérateurs détaillants en énergie (Anode), Naïma Idir, a déclaré souhaiter sur BFM Business que l’État compense cette mesure pour les opérateurs alternatifs, et pas seulement pour Engie.



Source [Le figaro ]