« Avec 5 % d’inflation, la France est dans la course ! », claironnait fièrement une affiche de 1985 présentant une planche à voile tricolore filant dans les vagues. La gauche se targuait alors d’avoir maîtrisé une hausse des prix galopante dans le sillage des deux chocs pétroliers de 1973 et 1979… en instaurant, notamment, un contrôle temporaire des prix.

Trois décennies plus tard, revoici l’inflation qui signe son retour dans le débat politique. Et avec elle, l’arme du contrôle des prix, le premier ministre, Jean Castex, ayant annoncé jeudi 30 septembre un « bouclier tarifaire » pour contrer le bond des prix de l’énergie. Une résurgence du « monde d’avant le monde d’avant », résume l’ancien conseiller élyséen Julien Vaulpré, directeur général de Taddeo.

L’inflation de 2021 n’a toutefois rien à voir avec celle des années 1970 – à 2,1 % sur un an au mois de septembre, contre plus de 13 % en 1974 ou en 1981. « A ce stade, c’est plutôt un problème politique qu’économique, tempère Philippe Martin, président délégué du Conseil d’analyse économique, rattaché à Matignon. Mais on voit bien la sensibilité du sujet. Certains prix sont plus visibles que d’autres, quand l’énergie ou l’agroalimentaire augmente, ça se voit. » Dans les sondages, le thème du « tout augmente » ressort ainsi très nettement, constate Frédéric Dabi, directeur général de l’IFOP. La question du pouvoir d’achat domine clairement celle du chômage, estime-t-il. Une curiosité en sortie de crise.

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Déjà, l’inflation est mise en avant par les organisations syndicales pour réclamer des hausses de salaires, l’argument prenant désormais le pas sur celui du soutien aux employés de la « deuxième ligne », qui s’imposait, il y a encore quelques mois. « La revalorisation des salaires va prendre d’autant plus d’importance que l’inflation repart », soulignait Yves Veyrier, secrétaire général de Force ouvrière, début septembre. Le numéro un de la CFDT, Laurent Berger, dit, de son côté, craindre « la paupérisation » et « la précarisation de centaines de milliers de familles », tandis que la CGT y voit « un problème majeur ». A gauche, l’ancien leader du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), Olivier Besancenot, plaidait, il y a quelques jours, sur Twitter, pour une indexation des salaires sur l’inflation, reprenant une revendication des « gilets jaunes », faisant elle-même écho à la désindexation des salaires décidée… par la gauche en 1983 : « Carburants, électricité, gaz… tout augmente sauf les salaires. Augmentez les salaires, pensions de retraites et allocations ! et indexez-les sur les prix. »

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Source [ Le monde ]