La course de vitesse a commencé. Quoi qu’il arrive dans les agences de Pôle emploi qui renforcent leurs mesures de sécurité et quoi qu’il en coûte aux chômeurs, les nouvelles règles de calcul des allocations chômage sont appliquées à partir de ce vendredi. Après une entrée en vigueur progressive des différents volets de la réforme de l’assurance chômage de 2019, dont certains ont été reportés pour cause de pandémie, c’est le gros morceau du texte, la modification du salaire journalier de référence (SJR), qui aura désormais le plus d’impact sur le quotidien des allocataires.

Le nouveau mode de calcul des indemnités intègre en effet les périodes travaillées, comme avant, mais aussi toutes les périodes non travaillées, ce qui fait mécaniquement baisser le montant des allocations. L’Unédic, le gestionnaire de l’assurance chômage, évalue à plus d’un million le nombre de chômeurs pénalisés, à des degrés divers, par ce sévère changement de pied. Jusqu’à 400 000 personnes pourront perdre 40 % de leur indemnité.

Les allocataires toucheront ainsi de plus petites sommes sur une plus longue période, de quoi cumuler les difficultés à payer sa facture de gaz ou son loyer, mais aussi de quoi générer de sacrées économies pour les caisses de l’assurance chômage, la réforme devant générer, au total, 2,3 milliards d’euros par an en rythme de croisière. Car les demandeurs d’emploi, que l’on remercie par avance, sont déjà 63 % à retrouver un travail avant d’avoir épuisé tous leurs droits.

Bataille en cours

Et ils n’ont pas encore tout vu. Dès lors que la conjoncture reviendra au beau fixe, selon les critères définis par le gouvernement, il faudra avoir travaillé six mois et non plus quatre pour prétendre à une indemnisation. Cette embellie touchera aussi les cadres de moins de 57 ans qui percevaient plus de 4 500 euros mensuels : ils verront alors leurs allocations diminuer non plus au bout de neuf mois, ce qui est d’ores et déjà acté, mais au terme de sept.

La bataille n’est pas pour autant terminée. Le jeu de ping-pong entre le gouvernement et les syndicats continue, arbitré par le Conseil d’Etat. En novembre 2020, les juges avaient retoqué le premier décret du gouvernement au motif que les nouvelles modalités de calcul étaient « manifestement disproportionnées ».

Le gouvernement a revu sa copie. A nouveau attaquée par les syndicats qui veulent toujours l’annuler, la seconde version a été cette fois suspendue en urgence par la juge des référés en juin, estimant que les conditions économiques étaient « trop fragiles » pour qu’elle entre en application. Prenant cette décision pour une bonne nouvelle, le gouvernement n’a pas attendu l’avis du Conseil d’Etat sur le fond, censé tomber en fin d’année, et il a réécrit mot pour mot son décret.

Sans surprise, les syndicats ont annoncé leur intention de porter une nouvelle fois devant le Conseil d’Etat cette troisième version, copiée-collée de la seconde, qu’ils jugent plus que jamais injuste et inégalitaire.

Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls. Depuis que la précédente ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a lancé cette reprise en main de l’assurance chômage à l’été 2018, arguant que les chômeurs pouvaient gagner plus au chômage qu’en travaillant, chercheurs et experts du chômage n’ont eu de cesse de rappeler que le durcissement des conditions d’indemnisation était non seulement punitif mais qu’il n’incitait pas au retour à l’emploi.

Alternatives Economiques vous a sélectionné une série d’articles pour éclairer cette offensive, inédite dans sa brutalité, contre les droits des demandeurs d’emploi.

1/ Une réforme punitive

2/ Les chroniques

3/ Du côté de la recherche

4/ Pour en savoir plus





Source [ Alternatives économiques ]