INTERVIEW

Une situation économique tendue, une réforme de l’assurance-chômage qui inquiète, des agressions contre des personnalités politiques… Pour certains observateurs, les signes d’une explosion sociale prochaine s’accumule. C’est notamment l’avis de l’avocat Thibault de Montbrial. Celui qui est également président fondateur du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure était l’invité d’Europe matin vendredi. Il a expliqué pourquoi, selon lui, il faut se préparer à une montée de la violence.

« Une délinquance violente qui explose »

« Il y a un vrai risque, la situation économique est tendue, nous sommes en train de vivre la fin des aides du ‘quoi qu’il en coûte' », détaille-t-il. À cela s’ajoute « l’explosion du coût des matières premières et des prix de l’énergie », notamment ceux du gaz. Une augmentation telle que le gouvernement a d’ailleurs annoncé jeudi soir des baisses de taxe pour tenter d’en limiter les effets. Mais pour Thibault de Montbrial, cela risque de ne pas suffire. Car l’explosion sociale s’inscrit, selon lui, dans un contexte plus global.

« C’est un phénomène sur lequel j’attire l’attention depuis un certain temps. Dans toutes les tranches de la vie sociale, la violence est en train de redevenir un mode de régulation du conflit », justifie l’avocat. « Vous avez une délinquance violente qui explose (+10% entre le premier semestre 2021 et la même période en 2019) et des agressions multiples contre les représentants de l’ordre, les secouristes, les politiques, notamment les maires. Le même jour, Eric Zemmour a été menacé de mort et le président de la République a reçu un projectile [un œuf lors d’un déplacement à Lyon]. Dans les hôpitaux, il y a des agressions quotidiennes. Les médecins, notamment dans les quartiers compliqués, racontent qu’ils sont obligés de prendre des mesures » pour se protéger, égrène Thibault de Montbrial.

« Un impact de l’immigration incontrôlée »

« Nous avons une société qui continue de se fracturer. Je suis inquiet à assez court terme », résume l’avocat. Reste à savoir d’où vient cette violence. Lui concède que le confinement brutal de mars 2020 a « pu créer des conséquences psychologiques ». « Mais tout cela s’inscrit sur un terme plus long. La dégénérescence de la qualité de la relation au sein de notre société ne date pas du confinement. »

Reprenant à son compte le terme d' »ensauvagement » popularisé par l’extrême droite, Thibault de Montbrial dénonce « plus de violence, plus de violence pour des enjeux moins importants et plus d’utilisation d’armes, notamment d’armes blanches ». « Et on voit de plus en plus de la violence inter-ethniques. On voit apparaître des armes par destination, je pense aux machettes qui deviennent un instrument courant de la délinquance. Il y a un impact, dans la déstructuration du tissu social, de l’immigration incontrôlée. Il faut le dire, sinon on n’analyse pas complètement le phénomène. »

Sans tabou

Et Thibault de Montbrial estime que, longtemps, les politiques ne l’ont pas assez dit. « Pendant très longtemps, le thème de l’immigration a été écarté du débat public car confisqué par le FN. Les partis du gouvernement ont considéré que tout cela n’était pas très digne. Par cette formidable myopie politique, on a laissé un certain nombre de thèmes régaliens aux mains de l’extrême droite. »

Or, assène l’avocat, « un pays a absolument le droit de décider qui entre et reste [sur son territoire] et à quelle condition. C’est une prérogative de souveraineté de base. On doit pouvoir en parler sans tabou. »



Source [ Europe 1 ]