Tewfik Hakem reçoit le chanteur Christophe Mali à l’occasion de la parution du 8ème album du groupe Tryo, Chants de bataille, le street artist John Hamon, qui poursuit les affichages de son art promotionnel dans les rues de grandes villes européennes, et l’universitaire et critique d’art François Salmeron, qui vient nous éclairer sur un paradoxe : loin de faire trembler les institutions, les artistes contestataires n’ont jamais été aussi bien côtés dans le marché de l’art.

Cultiver l’art de la gravité tout en légèreté

Proche des milieux altermondialistes et militants depuis ses débuts dans les années 1990, le groupe Tryo sonne aujourd’hui comme un nom incontournable de la chanson française engagée. Greenpeace, One Voice, Sea Shepherd… Les associations pour lesquelles le groupe s’engage sont aujourd’hui nombreuses.

Nous sommes de toutes ces mouvances alternatives et associatives. C’est de là que nous sommes nés. Ce sont des associations qui ont choisi de nous programmer en festival à nos débuts. Nous ne passions même pas à la radio, et pourtant dans ce tissu associatif, il y avait déjà des personnes, une génération, qui nous écoutaient et se reconnaissaient dans nos chansons. Christophe Mali

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Gérer mes choix

Dans l’ouvrage qu’il consacre au groupe, le critique musical Bertrand Dicale nous apprend que les membres du groupe Tryo ont du s’adapter pour ménager leur désir d’indépendance avec les contraintes des circuits promotionnels. A l’invitation d’une chaîne de télévision ou d’un titre de presse, sans plan média prédéfini, les membres du groupe acceptent ou refusent à l’unanimité les sollicitations extérieures. 

Notre activisme dépasse totalement notre rôle d’artiste. Lorsque par exemple nous nous réunissons avec des directions d’associations pour réfléchir à la façon dont nous pouvons mobiliser, nous ne sommes plus dans le message artistique. Ce fonctionnement, c’est dans l’ADN de Tryo. Christophe Mali

Quand la promotion fait l’artiste, que reste-t-il du message contestataire ?

La question de la promotion est d’ailleurs si centrale qu’il a choisi d’en jouer : l’artiste de rue John Hamon placarde son affiche sur les murs de la capitale ou sur de grands monuments depuis 20 ans. On y voit un visage, celui qu’il avait à l’âge de 17 ans, et son nom qui sonne comme un slogan : « JOHN HAMON ». Et le mystère a fait le reste autour de cet artiste qui souhaite, paradoxalement, rester discret aujourd’hui, préférant s’effacer derrière cet « art promotionnel ». John Hamon nous parle des difficultés qu’ont les artistes à exister sans les institutions culturelles.

Une affiche de John Hamon, à Paris
Une affiche de John Hamon, à Paris
Crédits : John Hamon

Les artistes qui se retrouvent dans la rue le sont par objection, cela vient d’un manque considération des institutions et des personnes qui les dirigent. La problématique derrière cette démarche, c’est d’interroger : est-ce que ce sont encore les artistes qui font l’art aujourd’hui ? John Hamon

Jouant de l’ambiguïté, John Hamon a aussi développé une campagne d’affichage pour des expositions au Musée du Louvre, au Centre Pompidou, au Palais de Tokyo, ou encore à la Galerie Perrotin.

John Hamon collant une affiche devant le Musée du Louvre
John Hamon collant une affiche devant le Musée du Louvre
Crédits : John Hamon

Je lance des campagnes d’expositions pirates, j’organise des promotions en détournant l’identité graphique des institutions dans lesquelles je m’invite. L’idée, c’est de reprendre le pouvoir sur ceux qui décident et font l’art. John Hamon

« Si l’art devait être en vogue, il risquerait de se réduire à un produit »

Ce faisant, François Salmeron nous rappelle que les œuvres véhiculent, au-delà du seul discours artistique, le témoignage d’une époque et d’une société. Dans le domaine de l’art contemporain, c’est ce principe qui a permis à de nouveaux créateurs d’émerger et de casser le monopole de l’artiste privilégié.

La force du marché de l’art, c’est la force du capitalisme : il parvient à accepter et à absorber les formes qui le contestent. Et ce marché finit par normaliser les discours qui secouent les fondements sur lesquels il repose. François Salmeron

Références musicales :

Tryo – Samba (2021)

Tryo – Ta planète (2021)

Tryo – Watson(2016)

José Gonzàlez – Visions (2021)

Lise Médini – Song, protest song (1969)





Source [ France culture ]