Les générations d’aujourd’hui seront exposées à des événements extrêmes bien plus fréquents que ceux qu’ont connus leurs parents et leurs grands-parents au cours de leur vie. Nous léguons ainsi une énorme dette climatique à nos enfants, qui devront apprendre à vivre dans un monde plus pénible et plus dangereux.

« Vous avez volé mes rêves et mon enfance », avait lancé la militante écologiste Greta Thunberg lors de son discours à l’ONU en 2019, accusant les dirigeants de « laisser tomber les jeunes ». Une nouvelle étude vient lui donner en partie raison. Selon cette étude publiée dans Science et rédigée par une équipe de chercheurs internationaux, un enfant né en 2015 connaîtra environ trois fois plus de catastrophes climatiques que ses grands-parents si la planète continue de se réchauffer au rythme actuel (soit un réchauffement de 3 °C). Il vivra 2 fois plus d’incendies de forêt, 1,7 fois plus de cyclones tropicaux, 3,4 fois plus d’inondations de rivières, 2,5 fois plus de mauvaises récoltes et 2,3 fois plus de sécheresses qu’une personne née en 1960. Dans un scénario de réchauffement à 3,5 °C, les enfants nés en 2020 connaîtront même 44 fois plus de vagues de chaleur. « Avec cette étude, nous levons le voile sur l’injustice fondamentale du changement climatique à travers les générations, ainsi que les responsabilités des adultes et des aînés d’aujourd’hui au pouvoir », accuse Joeri Rogelj, du Grantham Institute et coauteur de l’étude.

Les enfants d’aujourd’hui connaîtront cinq fois plus de catastrophes que ceux qui vivaient il y a 150 ans

S’appuyant sur des multiples modèles climatiques et démographiques, l’équipe a quantifié l’exposition à six événements climatiques extrêmes (sécheresses, vagues de chaleur, mauvaises récoltes, inondations fluviales, cyclones tropicaux et incendies de forêt) pour chaque génération au cours de leur vie. Les chercheurs ont effectué ce travail pour chaque génération née entre 1960 et 2020, pour tous les pays du monde, et pour chaque scénario de réchauffement climatique entre 1 °C et 3,5 °C au-dessus des températures préindustrielles. Ils ont également comparé l’augmentation de l’exposition aux événements extrêmes des cohortes de population vivant aujourd’hui avec une personne de référence qui aurait vécu dans les conditions climatiques préindustrielles de la fin du XIXe siècle. Au total, les enfants d’aujourd’hui connaîtront cinq fois plus de catastrophes que ceux qui vivaient il y a 150 ans. Les enfants ne sont d’ailleurs pas les seuls concernés : « toute personne de moins de 40 ans sera exposé à des catastrophes sans précédent, avec des événements extrêmes qui n’auraient eu qu’une chance sur 10.000 de se produire dans un monde préindustriel », avance Wim Thiery, l’auteur principal de l’étude.

Les inégalités sont non seulement générationnelles mais aussi géographiques. Les enfants nés aujourd’hui en Afrique subsaharienne devraient ainsi connaître 50 à 54 fois plus de vagues de chaleur qu’une personne née à l’ère préindustrielle. D’autre part, alors que les enfants des pays riches auront des moyens de s’adapter au changement climatique, par exemple grâce à la climatisation des bâtiments pour les personnes fragiles ou la construction de digues, ce n’est pas forcément le cas de pays en voie de développement.

Cette étude alarmiste serait pourtant en dessous de la réalité, affirme Joeri Rogelj, directeur de recherche à l’Imperial College London et coauteur de l’étude. En raison de la complexité des données, les scientifiques n’ont pas évalué certains dangers tels que les inondations côtières dues à la montée du niveau de la mer. L’étude ne tient pas compte non plus de la gravité des catastrophes climatiques, mais seulement de leur fréquence (en revanche l’accroissement attendu de l’espérance de vie peut légèrement biaiser les résultats en la défaveur des enfants).

Éco-anxiété et dette climatique

Cette multiplication des catastrophes climatiques a aussi un autre effet délétère sur les enfants. Ces derniers sont de plus en plus victimes « d’éco-anxiété », susceptible d’affecter leur santé mentale. Selon un récent sondage publié dans le journal scientifique The Lancet Planetary Health, 59 % des jeunes de 16 à 25 ans déclarent être très extrêmement inquiets du changement climatique, tandis que 45 % affirment que l’anxiété climatique affecte leur vie quotidienne de manière négative. 56 % estiment même que « l’humanité est condamnée ». Les jeunes devront aussi faire des efforts considérables pour « compenser » les émissions de leurs prédécesseurs. Selon une étude séparée de Carbon Brief, la génération née après 2021 aura un « budget carbone » six fois inférieur à celui des baby-boomers (génération née entre 1946 et 1964).

Réchauffement climatique : « les années 2030 seront pires que les années 2020 »

Article de Nathalie Mayer publié le 12/09/2020

En l’an 2000, un tel scénario aurait pu faire l’objet d’un film de science-fiction à succès. Mais en 2020, il correspond tout simplement à la réalité. La Terre va mal. Elle subit catastrophe naturelle après catastrophe. Pire : les scientifiques assurent que nous n’avons encore rien vu !

Cette année 2020 a commencé avec des incendies monstrueux en Australie. Puis, nous avons eu des records de températures… à faire froid dans le dos : 38 °C en Sibérie et 54,4 °C dans la bien nommée Vallée de la mort, aux États-Unis.

L’Amazonie a elle aussi connu des incendies d’une ampleur qui n’avait pas été vue depuis une quinzaine d’années. Dans l’Atlantique, ce ne sont pas moins de 17 tempêtes tropicales qui ont déjà été nommées depuis le début de cette saison des ouragans. Certains annoncent même que, dans les jours qui viennent, quatre de ces tempêtes pourraient sévir en même temps. Au Japon et en Corée du Sud, c’est le typhon Haishen qui a fait de sévères dégâts ces derniers jours.

Alors que la Californie et tout l’ouest des États-Unis sont toujours en proie aux flammes. Et que le Colorado a connu une chute de température de 30 °C en seulement 24 heures.

N’en jetez plus ! La coupe est pleine ? En cette année 2020, le monde semble aller particulièrement mal. Mais à en croire les scientifiques, lorsque d’ici quelque temps nous regarderons en arrière, nous pourrions bien repenser à 2020 comme au « bon vieux temps ».

Parce que la plupart de ces catastrophes naturelles sont imputables — au moins en partie — au réchauffement climatique, « les choses vont encore empirer… dramatiquement », prévient par exemple Kim Cobb, climatologue à Georgia Tech, dans un communiqué de l’Associated Press.

Ne pas prendre peur et agir !

« Il me semble que ce qui arrive aujourd’hui correspond bien à ce que nous avions annoncé il y a dix ans », rappelle de son côté Kathie Dello, climatologue de l’État de Caroline du Nord. À l’époque, difficile de s’imaginer une telle réalité. Tout comme il est difficile d’envisager aujourd’hui — malgré les prévisions des scientifiques — que les choses vont encore empirer.

« Les années 2030 seront nettement pires que les années 2020 », assure Kim Cobb. Et d’ici 30 ans, nous devrions avoir à subir des catastrophes climatiques deux fois plus nombreuses et plus intenses que celles que nous vivons aujourd’hui.

« Certains veulent blâmer 2020, mais 2020 n’est pas responsable. Nous connaissons le comportement qui nous a menés là, souligne Kathie Dello. Nous avons injecté plus d’énergie dans le système qu’il ne pouvait en absorber », ajoute Petteri Taalas, le secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale. Un problème de physique de base qui ne surprendra donc aucun scientifique.

La conclusion de Jonathan Overpeck, climatologue et doyen de l’université du Michigan ? « Je ne veux pas effrayer les gens. J’espère simplement qu’en nous penchant sur 2020, nous nous dirons enfin que les choses sont allées suffisamment loin et qu’il est temps d’agir contre le réchauffement climatique. »

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Source [ Fututa science ]