« Ça va être une vraie grosse bagarre », prévient l’eurodéputé (Europe Ecologie-Les Verts) Karima Delli, présidente de la commission transports du Parlement européen. Une bataille qui a même commencé et fait rage en coulisses : celle de la future norme Euro 7 de l’Union européenne (UE), qui fixe les limites maximales d’émissions de polluants pour les véhicules neufs.

Celle-ci n’entrera en vigueur qu’après 2025, mais le moment est crucial. La nouvelle réglementation est en train d’être écrite par la Commission européenne, qui devrait proposer un premier texte entre décembre 2021 et janvier 2022. Le Parlement et le Conseil européen l’amenderont dans la foulée. D’où une intense campagne de lobbying opposant protecteurs de l’environnement et défenseurs de l’industrie.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Ursula von der Leyen : « Nous allons mettre en place un second marché carbone pour le transport routier et le chauffage en Europe »

Le ministre de l’économie français, Bruno Le Maire, a déjà annoncé la couleur. « Des négociations sont en cours sur la prochaine norme Euro 7. Soyons clairs : à ce stade, cette norme ne nous convient pas. Certaines propositions qui circulent sont excessives. Nos constructeurs ne pourront pas suivre », avait-il annoncé, mi-avril, au quotidien Le Figaro dans un entretien croisé avec Carlos Tavares, le patron de Stellantis. La norme Euro 7 devrait, en effet, être beaucoup plus exigeante que le standard actuel (Euro 6), en vertu du pacte vert pour l’Europe qui vise le « zéro pollution » d’ici à 2050.

« Cela tue tous les véhicules à gaz »

Un panel d’experts indépendants a émis des propositions à partir desquelles la Commission fera ses arbitrages. Celles-ci prévoient en particulier un plafond d’émissions des très toxiques oxydes d’azote divisé par deux, trois ou quatre (selon le scénario retenu), mais aussi une prise en compte de polluants jusqu’ici ignorés par la norme Euro (particules ultrafines, méthane, protoxyde d’azote, ammoniac, formaldéhyde) et des conditions de test renforcées.

« Pris indépendamment, ces critères techniques paraissent raisonnables ; c’est le cumul qui les rend difficiles à respecter », explique-t-on à Bercy, qui évoque également des « facteurs économiques » pour justifier ces « inquiétudes ». L’introduction des nouvelles technologies pour se conformer à la norme Euro 7 aura des répercussions sur le prix des véhicules que le ministère estime de l’ordre de 1 000 à 1 500 euros. Bercy pointe le risque d’un effet contre-productif sur le nécessaire renouvellement du parc automobile pour diminuer la pollution de l’air.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Dans l’automobile, la douloureuse transition de l’hybride

Au cabinet de Bruno Le Maire, on s’inquiète surtout pour la filière automobile et on s’interroge sur la pertinence de demander aux constructeurs d’« investir des milliards d’euros dans des technologies qui ne seront que transitoires » avec la fin programmée de la vente des véhicules neufs thermiques à l’horizon 2035. « La filière est disposée à relever le défi de normes d’émission de véhicules plus sévères, mais à condition que son coût soit acceptable », résume Marc Mortureux, directeur général de la Plate-forme automobile, qui représente le secteur en France.

Il vous reste 56.29% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Source [ Le monde ]