Face aux pénuries persistantes dans le pays, accentuées par le Brexit, le Premier ministre britannique Boris Johnson a exclu, dimanche, de revenir au modèle économique « cassé » qui prévalait, selon, lui, au Royaume-Uni avant sa sortie de l’Union européenne.

A l’ouverture de la grande conférence annuelle du Parti conservateur, le dirigeant britannique a tenté de rassurer ses partisans, mais aussi l’opinion publique, en affirmant qu’il souhaitait donner un nouvel élan à l’économie du pays, pourtant confronté à de multiples problèmes, comme la baisse de régime de la City, la hausse des prix du gaz et les ruptures d’approvisionnement dans les stations-services ou les supermarchés, faute d’une main d’œuvre suffisante. Pour le leader conservateur, le Brexit a mis fin à un modèle qui reposait « ‘sur les bas salaires, de faibles qualifications et une productivité chroniquement basse ».

Mais, pour l’heure, le Brexit semble avoir aggraver une situation économique, déjà bien compromise par la pandémie et les restrictions de circulation. Il manquerait ainsi quelque 100.000 chauffeurs routiers pour assurer la chaîne logistique du pays. Résultat, des queues interminables aux pompes à essence et des rayons vides dans les supermarchés, y compris à Londres. Les consommateurs britanniques, inquiets pour les fêtes de fin d’année, commence même à constituer des stocks, aggravant le phénomène de pénurie sur certains articles.

Pas de panique, c’est une période d’ajustement

Boris Johnson ne cesse d’appeler au sang froid de ses concitoyens et répète que les difficultés actuelles sont avant tout liées à la forte reprise de la consommation dans le pays et à des « achats panique ». Dès lundi, environ 200 militaires seront déployés pour approvisionner les stations, mais d’après la Petrol Retailers Association, les pénuries resteront « vraiment très problématiques » à Londres et dans le Sud-Est de l’Angleterre.

Le Royaume-Uni manque aussi de milliers de bouchers, faisant craindre des pénuries de produits traditionnels pour Noël et des abattages massifs de porcs faute de pouvoir transformer la viande, selon des professionnels du secteur. Face à la menace de rayons vides à Noël, le gouvernement a amendé sa politique d’immigration, durcie après le Brexit, pour accorder jusqu’à 10.500 visas de travail provisoires.

Boris Johnson n’a pas exclu que davantage de permis temporaires puissent être délivrés, tout en lançant une mise en garde. « Ce que nous ne pouvons pas faire dans tous ces secteurs, c’est simplement retourner au vieux modèle fatigué et déficient, et recourir au levier de l’immigration incontrôlée », a-t-il insisté. « Donc oui, il y aura une période d’ajustement », ce qui n’était visiblement pas prévu par les partisans du Brexit. Reste au gouvernement d’éclairer l’opinion sur les « décisions audacieuses » pour répondre aux priorités des Britanniques sur l’emploi, la sécurité et le changement climatique.

Malgré ces difficultés, les conservateurs (39%) continuent de devancer les travaillistes (35%) dans les intentions de vote, selon un sondage Opinium Poll publié samedi soir.  Quelque 59% des sondés estiment toutefois que le Brexit se passe mal et 69% pensent que le gouvernement a mal géré la crise des chauffeurs routiers.

(Avec AFP)