Le 26 septembre 2019, à Rouen, un homme regarde la fumée qui s’échappe de l’usine Lubrizol en feu.

Inondations meurtrières, feux gigantesques, canicules et sécheresses historiques, accidents industriels, crises économiques… Jamais les villes ne sont apparues aussi vulnérables. Peut-on se préparer au pire ? Comment imaginer et construire la ville résiliente de demain ? Quels enseignements peut-on tirer de l’expérience de celles qui ont su se relever ?

Les Rouennais ont vécu un choc profond le 26 septembre 2019, avec l’incendie de l’usine chimique Lubrizol. Avant cela, il y a eu Toulouse et l’accident d’AZF en 2001, mais aussi la tempête Xynthia en 2010, les inondations dans le Var en 2014 et 2019, celles de l’automne 2018 dans l’Aude, et tant d’autres catastrophes survenues en France ces dernières années… Sans oublier, à l’étranger, les images dantesques des inondations en Belgique et en Allemagne cet été, ou encore du village de Lytton, au Canada, entièrement détruit par les flammes en quelques heures. Pour dépasser le traumatisme collectif, l’humain a besoin de comprendre ce qui s’est joué, de donner du sens à son expérience et d’imaginer un avenir. Ce n’est qu’après cela qu’il pourra amorcer son processus de reconstruction.

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Ce constat est à l’origine du Forum de la résilience, créé par la Métropole Rouen-Normandie (Seine-Maritime) lors du premier anniversaire de l’accident de Lubrizol, dans le cadre de l’événement « Rouen Métropole, capitale du monde d’après ». « L’accident a eu l’effet d’un électrochoc sur les habitants et tout le tissu économique et politique rouennais, raconte Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen et président de la Métropole. On ne peut plus détourner le regard de la crise écologique, sociale et démocratique que nous traversons. Quelle autre vision de la société peut-on imaginer à un niveau très local ? En toute humilité et en ayant conscience que Rouen n’est qu’une goutte d’eau dans cet océan mondial, on peut dire que c’est une ville qui concentre les enjeux actuels par la structure de son paysage industriel et social ainsi que son exposition aux risques d’inondation. »

Evaluation des risques

Agir de manière résiliente nécessite déjà de bien connaître les enjeux. « Chaque ville doit disposer d’une évaluation précise et actualisée des risques, pointe Isabelle Thomas, codirectrice de l’ouvrage La Ville résiliente (Les Presses de l’université de Montréal, 2018). Si cette exigence relève du bon sens, elle est loin d’être évidente à satisfaire. Car la fabrique urbaine résiliente exige une approche systémique de la ville, laquelle doit être considérée comme un système complexe avec sa personnalité, ses spécificités propres. »

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Source [ Le monde ]