Depuis la mise en place du Nutri-Score, les industriels s’efforcent d’améliorer la qualité nutritionnelle de leurs produits en baissant notamment le taux de sucre. Mais ce n’est pas si facile.

Depuis plusieurs années, les produits « sans sucres ajoutés » ou avec des teneurs en sucres réduites garnissent les rayons des supermarchés. Les industriels s’efforcent d’améliorer les qualités nutritionnelles de leurs produits, particulièrement depuis l’arrivée d’outils comme l’application Yuka et le Nutri-Score.

Rien ne permet d’affirmer que le taux de sucre des produits que nous mangeons a baissé au fil des ans. Les données de l’observatoire de l’alimentation (Oqali), chargé d’exercer un suivi global de l’offre alimentaire et de mesurer l’évolution de la qualité nutritionnelle, montre bien que tous les produits ne sont pas égaux sur le sujet.

Pour la famille « muesli croustillant chocolat », le taux de sucre a ainsi baissé de 4,3 grammes pour 100g en moyenne entre 2008 et 2018. Même constat pour les céréales chocolatées, qui ont vu leur teneur en sucre baisser de 6,7 grammes sur la même période, parts de marché incluses.

Mais à l’inverse, le sucre contenu dans les compotes a augmenté de 4% (parts de marché incluses) entre 2009 et 2017. Pire, dans les liégeois et desserts assimilés, le taux de sucre a augmenté de 10% en moyenne entre 2009 et 2018.

L’association Consommation Logement Cadre de vie (CLCV) vient d’ailleurs de publier une étude sur les yaourts et desserts lactés dans laquelle elle dénonce la présence de taux de sucre très élevés. Les desserts lactés d’origine animale (crèmes, mousses, flans…) contiennent ainsi l’équivalent de 4 morceaux de sucre pour un pot de 125g. D’ailleurs, certains sont tellement sucrés qu’ils ne devraient même pas être considérés comme des « produits lactés ».

La teneur en sucre des yaourts.
La teneur en sucre des yaourts. © CLCV

Une conséquence du Nutri-Score

La baisse de sucre, et plus globalement la volonté d’améliorer la qualité nutritionnelle des produits, est surtout liée à la mise en place du Nutri-Score depuis 2016. Ce système d’étiquetage nutritionnel (de A pour les aliments les plus sains à E pour ceux qui contiennent de fortes teneurs en sel, sucre ou matière grasse par exemple) est devenu un réflexe d’achat pour les consommateurs et donc, un argument marketing.

Santé publique France note que « de plus en plus de consommateurs déclarent avoir changé au moins une de leurs habitudes d’achat grâce au Nutri-Score ». Ils sont 57% en 2020 à déclarer l’avoir fait, contre 43% en 2019. Par ailleurs, 70% des interrogés ont une meilleure image d’une marque qui s’engage à apposer le nutri-score.

"Nutri-score", les logos nutritionnels développés par l'INSERM.
« Nutri-score », les logos nutritionnels développés par l’INSERM. © Ministère de la Santé

Améliorer les qualités d’un produit pour passer d’une note D à C devient alors un argument de vente.

« On a beaucoup d’industriels qui nous demandent d’améliorer leur Nutri-Score », confirme Béatrice de Reynal, docteur en nutrition et directrice marketing du cabinet de conseil Nutrimarketing qui travaille avec beaucoup d’acteurs de l’agroalimentaire.

Brossard a ainsi baissé le taux de sucre de son gâteau phare Savane pour le faire passer d’une note D à C.

« Au-delà de l’intérêt d’informer le consommateur, le but du Nutri-Score était aussi de pousser les industriels à améliorer leurs produits en les mettant en situation d’afficher la réalité de leur composition et de jouer sur la concurrence entre les différentes firmes », confirme Serge Hercberg, professeur de nutrition et concepteur du fameux Nutri-Score.

Des industriels réticents

Pour l’instant, rien n’oblige les industriels à afficher le Nutri-Score sur leurs produits. Les marques de distributeurs font figure de bons élèves. Intermarché a ainsi modifié 900 recettes et Carrefour a accéléré sa chasse au sucre et afficher le nutriscore sur tous leurs produits.

« Ce n’est pas très surprenant. Les grands distributeurs vendent de tout donc ça ne les dérange pas d’afficher des produits E ou D car ils en ont d’autres qui seront A et B », détaille Serge Hercberg.

« Mais pour des marques comme Mars ou Mondelez (Oreo, Philadelphia, Milka…), la quasi-totalité de leur portefeuille est mal classé. Donc ils ont plus de mal à accepter de jouer la transparence », affirme « monsieur Nutri-Score ».

Le géant Lactalis (Président, Galbani, Salakis…), opposé au Nutri-Score qu’il juge défavorable à son activité, vient de créer son propre système de notation. « En notant D, E ou rouge des produits, on les disqualifie. Le risque, in fine, c’est de détruire un marché fromager, laitier et crémier dont la qualité a fait la renommée de la France », justifiait Philippe Palazzi, directeur général de Lactalis, cité par Le Figaro.

« C’est sûr qu’on n’est jamais mieux étiqueté que par soi-même. Mais Lactalis ne joue pas le jeu, comme souvent », déplore Serge Hercberg.

Surtout, si le Nutri-Score est un argument de vente, il ne signifie pas qu’il ne faut pas acheter le produit. Une mauvaise note rappelle simplement au consommateur d’en manger en petite quantité et de ne pas en consommer trop souvent.

« Le Nutella n’a jamais été embêté par le Nutri-Score alors qu’il est classé E, soit la pire note. Car les gens ne veulent pas s’en passer », nuance Béatrice de Reynal du cabinet Nutrimarketing.

Réduire le taux de sucre n’est pas si facile

Pour réduire la teneur en sucre des produits, plusieurs solutions existent pour satisfaire l’envie de sucrosité du consommateur tout en diminuant la quantité. Il faut duper le cerveau.

« Par exemple, Nestlé a mis le sucre à l’extérieur des pépites de ses céréales. La langue perçoit le goût sucré de façon intense, mais à l’intérieur il y a moins de sucres », explique Béatrice de Reynal.

Il est aussi possible de jouer sur l’acidité d’un produit pour réduire le taux de sucre. « Au lieu de mettre du sucre pur on peut utiliser des purées de pommes ou de fruits. Il y a de plus en plus de produits avec de la courgette », ajoute Béatrice de Reynal.

Mais baisser la teneur en sucre se heurte à plusieurs obstacles. D’une part, le sucre est un conservateur. De l’autre, il a une grande importance pour la texture du produit. « Une madeleine sans sucre serait beaucoup trop humide car le sucre retient cette humidité », explique la docteure en nutrition.

Par ailleurs, si les consommateurs sont à la recherche de produits meilleurs pour leur santé, ils ne veulent pas se passer de sucre. « Une crème dessert sans sucre, personne ne va trouver ça bon », affirme Béatrice de Reynal.

Pour rappel, l’Agence Nationale Sécurité Sanitaire Alimentaire Nationale (Anses) recommande de ne pas consommer plus de 100 grammes de sucres par jour (hors lactose et galactose) et pas plus d’une boisson sucrée.



Source [ BFMTV ]