Le parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire pour « recel de délit d’atteinte à l’égalité des candidats dans les marchés » dans l’attribution du marché public du parc éolien en baie de Saint-Brieuc à une filiale d’Iberdrola, a indiqué samedi une source proche du dossier, confirmant une information de Mediapart.

Hostilité des pêcheurs

Le PNF avait été saisi fin août par le Comité des pêches des Côtes-d’Armor sur l’attribution en 2012 de ce marché public à Ailes Marines, filiale de l’entreprise espagnole Iberdrola. Ce projet suscite une vive hostilité des pêcheurs, qui s’inquiètent notamment de son impact sur l’environnement marin et sur leur activité.

Le Comité des pêches rappelait en mai dernier qu’il était prêt à accompagner la transition énergétique à travers les EMR, à condition de « construire un parc avec les pêcheurs », un préalable à ses yeux pour « améliorer l’acceptabilité sociale ». Il considérait par ailleurs que « l’éolien posé » au sol, le choix retenu par l’Etat pour ce parc, contrairement au projet éolien flottant envisagé en Bretagne-Sud, « n’est pas compatible » avec le territoire de la baie de Saint-Brieuc.

« Les cartes peuvent être rebattues »

« Dès lors qu’un risque pénal sérieux pèse sur l’opérateur, les cartes peuvent être rebattues », ont réagi auprès de l’AFP Me William Bourdon et Me Vincent Brengarth, avocats du Comité des pêches des Côtes-d’Armor. « Un dialogue effectif est toujours possible et souhaitable avec des pêcheurs responsables et légitimes dans leurs revendications », ont-ils ajouté.

Lorsqu’ils avaient effectué leur signalement, les deux avocats avaient rappelé dans un communiqué qu’en avril 2012, la société Ailes Marines avait été choisie par les ministres de l’Ecologie et de l’Industrie pour la construction de ce parc alors que la société concurrente « Eolien maritime France » avait été désignée par la Commission de régulation de l’énergie (CRE).

Or, ce choix a depuis été jugé « irrégulier » par le Conseil d’Etat, « dans deux décisions de juillet 2019 (…) car l’exécutif avait pris en compte des conditions qui n’avaient pas été incluses dans le cahier des charges, pour favoriser Ailes Marines plutôt que la société concurrente », avaient observé les avocats.

Le 6 septembre, le Conseil régional de Bretagne a réaffirmé l’importance des énergies marines renouvelables pour l’autonomie énergétique du territoire et son soutien au projet de parc éolien construit par Ailes Marines en baie de Saint-Brieuc.

Une plainte contre « l’intégralité du projet »

Les pêcheurs ont aussi déposé fin août une plainte au parquet de Brest contre « l’intégralité du projet », notamment pour « rejet de substance polluante » et « atteinte à la conservation des espèces animales non domestiques ».

Le parc éolien de la baie de Saint-Brieuc doit être érigé à 16,3 kilomètres de la côte. D’une capacité totale de 496 MW, avec 62 éoliennes, il est censé produire 1.820 GWh par an, l’équivalent de la consommation électrique annuelle de 835.000 habitants, selon Ailes Marines, filiale du groupe espagnol Iberdrola. Sa mise en service est prévue fin 2023 mais le chantier a pris du retard.

(avec agences)