En préparation des prochains sommets internationaux pour l’environnement (congrès de l’IUCN, Convention sur la diversité biologique, etc.), ONG et dirigeants multiplient les initiatives, comme la Coalition de la haute ambition pour la nature et les peuples, emmenée par la France et le Costa Rica, dans le but de protéger 30 % des surfaces terrestres et marines en 2030.

Annoncer la création d’aires protégées semble être le moyen privilégié des États pour remplir leurs engagements internationaux en faveur de la biodiversité. La superficie des aires protégées a ainsi doublé depuis le sommet de la Terre de 1992. Elles couvrent aujourd’hui 17 % des terres et 8 % des mers.

Soustraire des espaces naturels à l’activité humaine est le plus ancien instrument des politiques occidentales de conservation. Mais on peut s’interroger sur son efficacité et, surtout, sur le postulat d’une nature isolée d’une humanité qui poursuivrait une croissance économique fondée sur la surexploitation des ressources. S’agit-il d’un outil dépassé quand, au contraire, de nombreuses études plaident en faveur de la compatibilité des systèmes sociaux et écologiques ? Ce débat s’étend au futur de l’agriculture (comment exploiter les 70 % restants ?) et au statut des peuples autochtones et des communautés locales (où implanter ces aires protégées et comment les gérer ?).

Deux modèles s’affrontent : agro-industrie contre agroécologie

Pour nourrir les 10 milliards d’individus prévus en 2050, la FAO estime qu’il faudrait augmenter la production alimentaire de 60 %. Deux modèles s’affrontent : agro-industrie contre agroécologie.

Le premier sépare strictement les espaces de production et les espaces de conservation. Il défend l’intensification de l’agriculture, la production massive de produits bon marché grâce aux intrants de synthèse et à la technologie.

Le second s’appuie sur une écologie de la réconciliation entre nature et activités humaines, sur les interactions des humains et des non-humains au sein de systèmes agricoles complexes ayant recours à beaucoup de main-d’œuvre et d’espace. Les pratiques agricoles sont alors censées conserver les espèces et les services des écosystèmes.

Ces modèles font l’objet de diverses évaluations qui dépendent des choix alimentaires (où la viande est un enjeu central), du type de gouvernance et des relations à la nature.

Sans garantie sur la participation des populations au contrôle de leurs territoires, une gestion par l’État apparaît comme un retour en arrière. On comprend ainsi les protestations des défenseurs des peuples autochtones, comme Survival International, qui craignent un accaparement des terres et dénoncent un colonialisme vert. Ce sont en effet les zones peu peuplées, riches en biodiversité et où vivent des communautés autochtones, comme en Amazonie, qui sont les plus à même de devenir des aires protégées. Aussi les instances internationales, l’UICN, l’IPBES, la FAO, soulignent-elles l’importance des populations traditionnelles dans la conservation des écosystèmes et les dynamiques de l’agrobiodiversité. Plutôt que de sanctuariser leurs territoires comme aires protégées, il s’agirait avant tout d’assurer leurs droits sur leurs terres et de s’inspirer de leurs relations à la nature.

L’objectif de 30 % devra répondre à la diversité des situations culturelles, car cette course au pourcentage nous oblige à nous interroger une fois de plus sur le grand partage de la modernité occidentale entre nature et culture. Comment interagir avec une nature dont nous dépendons ?





Source [ Pour la science ]