Paris-Roubaix a, ce dimanche, livré une édition épique dans des conditions épouvantables. Cette édition automnale, remportée par l’Italien, s’inscrit dans la légende d’une course hors norme.

Le lauréat : Sonny Colbrelli. L’Italien, très à l’aise, dans le bourbier de Paris-Roubaix a, au sprint, devancé le Belge Florian Vermeersch et le Néerlandais Mathieu Van der Poel. Foudroyé, bouleversé, le coureur de l’équipe Bahrain Victorious (récent champion d’Europe), qui découvrait la «Reine des classiques», a hurlé sa joie après sa première victoire dans un monument. Il signe la 14e victoire italienne à Roubaix. La première depuis Andrea Tafi en 1999.

Le décor : Sur la Place du château à Compiègne, les pavés luisants arrosés par une pluie fine, promettaient dès le départ des conditions épouvantables. Après une longue absence (épreuve annulée en 2020, reportée en 2021), Paris-Roubaix retrouvait la scène. Dans son décor de légende. Une course toujours attaquée la peur au ventre quelles que soient les conditions météorologiques mais dont le niveau de difficulté et le danger ont grimpé de quelques échelons après les trombes d’eau s’étant abattues dans les Hauts de France. Les chutes ont marqué la journée, les premiers coureurs étant tombés dès les premiers kilomètres, en ligne droite (pour l’Australien Mitchell Docker et le Belge Jonas Van Genechten) pour donner le ton, illustrer la difficulté pour les acteurs à rester garder la ligne, l’équilibre, appliqués à lutter pour tenter de dompter leur monture emportée dans des trajectoires folles. Bernard Hinault, lauréat il y a quarante ans d’une édition trempée, avait qualifié l’épreuve de «cochonnerie». Ce dimanche, tous les ingrédients de la «dure des dures» étaient réunis.

La course : Le Belge Florian Vermeersch (Lotto-Soudal) et le Néerlandais Nils Eekhoff (accompagnés quelque temps par l’Allemand Max Walscheid et le Britannique Luke Rowe) s’isolent en tête à 142 km de l’arrivée, enchaînent les portions pavées jonchées de flaques sur un rythme élevé. Dans leur dos, la course par élimination se poursuit. À 100 km de l’arrivée, la pluie n’asperge plus la course, le ciel a rangé ses couleurs sombres mais les secteurs pavés copieusement détrempés tendent toujours leurs menaces. Problèmes techniques et chutes font fondre les rangs des poursuivants. Avant même le toujours redouté dans la Tranchée d’Arenberg (162e km). Le duo de tête est repris par onze poursuivants à 82 km de la ligne. Dans l’édition de tous les dangers, les secteurs gluants succèdent aux portions glissantes. Vermeersch pointe encore en tête à 60 km de l’arrivée avec Gianni Moscon, avant que l’Italien ne tente sa chance en solitaire à 52 km de l’arrivée. Juste devant Mathieu Van Der Poel, en embuscade, intenable sur les pavés qui a fini à la suite de nombreux relais puissants sur les pavés, va revenir sur le devant de la course. Tout au long de la journée, le Néerlandais a laissé parler sa science du cyclo-cross et du VTT. Le petit-fils de Raymond Poulidor (qui n’était jamais monté sur le podium de Paris-Roubaix en 13 participations), s’est démené. Il découvrait Paris-Roubaix. Il a joué les premiers rôles. Au bout de l’effort, battu au sprint, il est longtemps resté allongé sur l’herbe du Vélodrome de Roubaix.

Le grand battu : L’Italien de la formation Ineos (27 ans), Gianni Moscon, encombré d’une réputation sulfureuse (suspendu pour des insultes racistes à Kevin Reza en 2017; disqualifié du Mondial 2017 pour un abri prolongé derrière un véhicule en 2017 également, avant d’être exclu du Tour de France l’année suivante après une altercation avec Elie Gesbert) aux premières loges tout au long de la journée, s’est irrésistiblement détaché à 52 km de la ligne. A 30 km de la ligne, l’Italien qui comptait 1’10 » d’avance a crevé (roue arrière), avant de procéder à une rapide changement de vélo (17 »). Repartant sans s’énerver. Et sans bidon. Il pouvait reprendre le fil de son échappée, avant de chuter 4 km plus loin et de voir les poursuivants prêts à le croquer. L’Italien s’inclinant à 16 km de l’arrivée et laisser partir Colbrelli, Van der Poel et Vermeersch… avant de prendre la 4e place.

Les Français : Juste avant la Tranchée d’Arenberg, Florian Sénéchal (crevaison) et Anthony Turgis (chute), deux des principales chances françaises, ont été freinés. Et ont ensuite navigué loin des candidats à la lutte pour le pavé de la gloire. Arnaud Démare longtemps épargné évolué dans un quatrième groupe (avec Wout Van Aert). Christophe Laporte pour l’une de ses dernières courses sous le maillot de Cofidis a effectué une course solide, courageuse (encore à l’attaque à 2,5 km de la ligne), récompensée par une sixième place, meilleur Français.

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Source [ Le figaro ]